‹ ThéâtreChapitre 115 sur 244 · ACTE QUATRIÈME loo · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME loo

GEORGES

Ahl détestable rusée qui voudrais lasser mon courage 1

JEANNLNE

Ce rê^^e, pourtant! ce rêve! Etre serrée une minute -dans vos bras!... Je serais partie consolée... Vous êtes bien cruel, allez ! ... Je m'étais tellement dit : Dans tout ce que j'oserai lui crier, il y aura bien quelque chose pour l'émouvoir... Et ce sera comme lorsque je cours dans la prairie en chantant : « Je l'aime! je l'aime! je l'aime! » (Mouvement de Georges.) Ah! je vois ccla! VOUS détoumez la tète! Vous me trouvez répugnante à vous dire ces choses... vous détournez la tète... C'e^st une petite fille de seize ans qui parle ainsi!... Eh bien, est-ce que vous croyez que je ne me fais pas horreur, moi!...

Mais non, pauvre enfant, mais non... Ce sont d'autres pensées qui m'agitent et m'épouvantent!... Crois-tu que je n'entende pas cette mendicité de tendresse, crois-tu que je ne voie pas le trouble qui a détruit l'harmonie dans ce corps brûlant et cette petite tête égarée, ivre d'amour e t de mort ! . . .

JEANMNE

Dieu, qu'on est bien contre vous!... Je vous aime!... Et puis on a fait sécher les châtaignes sur le perron, dans la journée... et c'est caque c'est si parfumé... Dieu! qu'on est bien! Vous sentez mon cœur qui bat contre vous? Ecoutez, je ferme les yeux... je ne verrai pas quand vous m'embrasserez.

GEORGES

Jeannine! Jeannine!

JEANNINE, avec un petit éclair dans les yeux vite réprimé.

Oh! je savais bien que vous éliez bon! Dieu, je vais

pleurer, bien sûr, quand je vais sentir que vous me serrez dans vos bras... Ohl Georges! quelle joie! vous m'aim... Non, non, j'ai eu tort... je n'ai rien dit! Ce n'est pas vrai, non, vous ne m'aimez pas !... vous allez m'embrasser seulement... je n'ai pas dit que vous m'aimiez pour ça... Oh! Georges... c'est moi qui t'aime, l'aime, t'aime!...

GEORGES

Mais taisez-vous donc !

(D'un mouvement nerveux, irrésistible, il la saisit brutalement. Jeannine a un cri étouffé en s'abattant sur sa poitrine. Ils restent ainsi, lèvre à lèvre, un grand moment, dans le rond clair de la lampe. Des phalènes, autour d'eux, cognent l'ombre; un pic-vert réveillé traverse la prairie en criant, et le croissant de la lune, au loin, fiUPé à ras de terre, dans une haie, au bout du jardin... Des pas ont retenti sur le perron... la porte grillée a battu... Georges et Jeannine se détachent brusquement, ils se renfoncent dans l'ombre. Une silhouette, dehors, la main posée sur le bouton de la porte, les regarde... Georges va au-devant d'elle et ouvre lui-môme vivement.)

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