ACTE QUATRIÈME
et que j'ai bien retenue, je tiens à vous dire que je suis décidée à partir avec madame Heiman. Je ferai le voyage que vous voudrez. Et je m'engage à ne plus jamais vous donner le moindre sujet d'inquiétude, à avoir beaucoup de courage et à ne jamais vous faire de peine... ni à l'un ni à l'autre... même de loin.
(Elle récite un peu comme une leçon, avec peine. Puis, comme brisée par l'effort fait, elle se détourne d'eux brusquement.)
A la bonne heure, Jeannine!... Voilà ce qui s'appelle parler!... On fera quelque chose de vous I...
(Isabelle, très émue, veut se précipiter vers Jeannine pour l'étreindre dans ses bras, mais Jeannine a un mouvement de recul.)
PIERRE, entraînant Isabelle.
Laissez-la. Pas encore... L'effort a été gros!... (Bas.) Un petit pacte est conclu entre nous. Un petit pacte sérieux et profond.
ISABKLLE
Oh! merci, Pierre! Je ne doute pas de votre amitié, ni de votre cœur excellent... Merci de voire aide... merci de pouvoir compter sur vous. Si maman était là, elle vous remercierait.
(Elle s'essuie les yeux.) PIERRE
Allez, comptez, avant toutes choses, sur l'avenir. Tout s'arrangera... et les peines s'envoleront... derrière moi...
ISABELLE
Pierre!...
GEORGES, à Pierre.
Je te demande pardon, mon cher, de cette scène de ménage où tu es tombé en plein...
PIERRE, rapidement.
Comment donc!... Bigre, mes enfants! Onze heures? Et la mère Heiman qui m'attend avec ses couvertures de laine^.. Je me sauve! Demain matin, avant de partir, je viendrai encore vous serrer la main... Mon chapeau, mon pardessus?
GEORGES
Tu ne vas pas savoir retrouver tonchemin î
PIERRE
Par la grand'route.
Et le ciel s'est voilé.
GEORGES
PIERRE
Jeannine va m'éclairer jusqu'à la grille... n'est-ce pas, Jeannine?... C'est vrai qu'il fait noir, tout de
mêmel (Jeannine prend vivement la lampe et passe devant Pierre.) Bonsoir, honSOir, mes enfants ! . . . (On entend sa voix du dehors.)
Et il a plu!... Ce qu'on va patauger! Prenez garde à votre jupe, Jeanneton...