ACTE PREMIER
: PAL LOT, lisant.
« Ces oiseaux vivent des fleurs de là-bas, de leurs sucs brûlants et acres, en réalité de poisons .qui sem-
^ blent leur donner leur âpre cri et l'éternelle agitation
de leurs mouvements colériques, et aussi ces reflets étranges... or, acier, pierres précieuses... La vie chez cette flamme ailée, est si brûlante, si -intense, qu'elle brave tous les poisons... Tète basse, il plonge du poi-
\ gnard de son bec au fond d'une fleur, puis d'une autre,
i en tirant les sucs... parfois emporté de furie, contre
qui? contre une fleur déjà dévastée à qui il ne pardonne
; pas de ne pas Tavoir attendu... »
» LOUIS
{ Bigre! Il en a une santé cet oiseau-là 1... Enfin, tiens,
i voilà vingt sous, mais il faut que je vérifie... je sens
j que tu as triché.
t (A ce moment, la sonnerie du téléphone.)
RICHARD, décrochant l'appareil.
Allô... allô... Vous demandez! Ah? pour un renseignement... alors téléphonez à notre siège central, demain, rue Taitbout... Quoi? Ah! c'est vous, monsieur Crouzet... Oui, je suis au courant... (Aux autres.) Taisezvous donc, je vous en prie, mes enfants, une seconde; je n'entends rien; c'est sérieux... (Reprenant l'appareii) Mon père est là-haut dans son bureau. N'est-ce pas, Paulot?
PAULOT
Oui.
RICHARD, continuant.
Oui, il est là-haut... Il est très occupé ce soir, il part demain pour Vienne... Oui, toujours en voyage... grosse affaire... nous allons avoir la concession de tous les tramv^ays électriques... oui, notre modèle de Saint- Quentin. Ah! c'est pour l'Assemblée générale que vous
téléphonez... Eh bien, la souscription de dix mille actions est déjà prise ferme, par un groupe important... mais vous savez sur les nouveaux titres créés on en a réservé pour une souscription en espèces qui servira à doter la... (s*interrompant.) mais taisez-vous donc, nom de Dieul... (ii reprend.) à doter la Belge-Américaine... Maintenant si vous voulez des renseignements plus amples... Mon père, lui-même?... Diable! c'est que je vous dis, avant son départ... Attendez une seconde... (A Pauiot.) Paulot, veux-tu lui téléphoner là-haut, s'il peut recevoir demain matin, monsieur Crouzet... (A l'appareil.) Une sccondc, monsicur... Oui, nous avons quelques personnes à dînçr... Vous entendez ça d'ici?... Je vous remercie... elle va bien... Oh! ma mère ne compte pas aller à Cannes cette année... il est si tardi
PAULOT, téléphonant à un petit appareil d'intérieur, contre le mur.
Richard demande si peux recevoir demain matin
monsieur Crouzet... A dix heures...? (Se retournant, à Richard.)
Oui, à dix heures.
RICHARD
Mon père vous attendra à dix heures... c'est cela... c'est entendu... Oui, oui.., ici... parfaitement... bonsoir. (Il raccroche les récepteurs.) Je VOUS demande pardon... vous pouvez regueuler, maintenant, tant que vous voudrez.
LOUIS
Merci.
(Durant cette conversation, Lignières s'est approché du piano, ott il a commencé en sourdine à tapoter un air de café-concert.)
PAULOT, à Richard,
Père a dit qu'il allait descendre dans une seconde.
LOUIS, s'interrompant de parcourir un journal, à Richard.
Hé?... Qu'est-ce que je vois là?... Cet article, souligné au crayon bleu dans le JournaL,, tu as vu?