ACTE PREMIER
IRÈNE, bas à Colette.
Oh! mais... elle abuse I...
MADAME CHADEAUX, iatentionnellement.
Cette camaraderie avec ses risques et périls s'explique parce que c'est ici une maison sans fille... et ça se senti S'il y en avait unei ah, comme tout serait changé ! Vous auriez eu à protéger sa pudeur, sa délicatesse, vous auriez été obligée à plus de retenue.
IRÈNE
Avec des garçons la vie est plus franche! Alors je bénis le ciel de ne m'avoir pas donné de fille, rien qu'à la pensée, en effet, de l'éducation qu'il eut fallu lui inculquer, à la pauvre petite! toute cette ennuyeuse mise en scène dont se compose la jeunesse de nos filles, jusqu'à leur délivrance...
COLETTE
Seigneur!... Qu'entends-tu par la délivrance d'une jeune fille?...
IRÈNE
Mais cette cérémonie de Zoulous, qu'on appelle la journée du mariage.
MADAME CHADEAUX
Madeleine, joue plus fort, mon enfant !
IRÈNE
Oh ! ne craignez rien; moi, je parle bas.
COLETTE, à Madeleine, en regardant Irène.
La prière d'une vierge, mademoiselle.
MADAME] CUADEAUX, reprenant avec insistance.
Permettez-moi de m'é tonner que vous traitiez de cérémonie de Zoulous l'institution la plus noble et la plus
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sacrée. Et peut-on savoir, du moins, à quoi vous devez un aussi sauvage souvenir?...
IRÈNE
Vous y tenez?... Oh! le jour, ça allait encorel Le tohu bohu, les poignées de main, les félicitations, passe !... m-aîs le foir, — je n'avais pas dix-sept ans, on m^a mariée orpheline vous le savez, — lorsque me fut révélé ce soir-là ce que tous mes amîs étaient officiellement iTiTités à penser de moi, j'ai été remplie d'une confusion indicible!... En une seconde, j'ai revu, fixés sur moi, les yeux de mes tantes, de mes cousins, du petit Frédéric surtout, si farceur !... Je les devinais en traîn de se représenter la scène intime à laquelle la société les conviait, et j^ éprouvais dans mon âme quelque cliose qui ressemblait à de la rage ou de la lionte, je ne sais plus, mais que les regards bêtes on ironiques du lendemain ne furent pas pour atténuer!... Et j'ai compris et excusé, ee jour-là, le tact et la pudeur qui poussent, — évidemment, — certaines jeunes filles à choisir dans le secret un amant non garanti par le gouvernement!
LA MARQUKE
Bravo 1
COLETTE
Tiens, elle a entendu.
MADAME t^HADEAUX
Savez-vous ce que prouve votre petite histoire, madame ? tout simplement que vous n'aimiez pas votre mari.
IRÈJVE
Sapristi ! c'est que je ne me souviens plus très bien... Il y a si longtemps!... Mais je veux ajouter, au cas où vous, seriez en peiae pour mes sentïoaNent'S, madame, que mon mari, qitoiqme très ooeupé, se trouvait être