‹ ThéâtreChapitre 17 sur 244 · ACTE PREMIER i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER i

ment.) Tiens! il pleut I... La bonne pluie d'été qui crève sur Paris! C'est moite et doux... Que t'en vas-tu chercher ailleurs?

PIERRE

Peut-être pas Taventure... mais des ciels moins gris

que les nôtres, tu vois... (Georges lui tape sur l'épaule en riant.)

Eh! oui, mon vieux, c'est ainsi,

GKORGES

Soit! Je ne t'envie pas tant de jeunesse.

ISABELLE, de loin en préparant le thé que le domestique a apporté.

Bien. Grondez-le à votre tour, Georges... Parfaitement, vous avez besoin d'être grondé ; on n'est pas plus romanesque.

PIERRE

Oui, mais on devient trop distingué; ça m'inquièle.

GEORGES

Tu es amer.

Tu ne sens pas ça, toi? J'ai besoin d'aller voir des haillons... de beaux haillons qui aient vécu...

ISABELLE, l'interrompant.

Du thé, mon ami?

(Elle lui présente une tasse et le sert.)

PIERRE Oui... du thé... (Avec un sourire en la regardant.) Merci pOUr

le sucre.

ISABELLE, près de lui, à mi-voix.

Ah! Pierre, si romanesque vraiment... et si peu... moderne !

PIERRE, très haut, exprès.

Gomme vous avez joliment dit ça! Tout un petit

monde d'ironie et de fatuité là-dedans. Si, si, moderne, au contraire... à satiété... Hé oui, les appartements deviennent trop confortables... la vie est trop caoutchoutée... Je m'y sens trop bien préservé contre tout, le froid, le chaud, les inconvénient^ et la passion. Vrai, il se répand partout une espèce de médiocrité élégante du bonheur; c'est fastidieux! Nous avons tous le même appartement et la même âme... Ça devient une espèce de parcage, un nivellement général; chacun y a sa petite case laquée blanc... Le socialisme des riches, quoi! Je fuis tout le mauve contagieux de vos robes qui m'ont si bien apprivoisé à elles... Ah! la vie qui salit, n'importe quoi! mais de la vie vive et des passions.

GEORGES, à la chemiaC-o on coupant un cigare.

Je vois évidemment que tu as besoin de changer d'appartement.

PIERRE

J'ai besoin de ne plus me sentir préservé, voilà tout, de me délivrer de cette éducation médiocre dont vous

ÔleS la patronne agaçante. (Je«nnine entre à ce moment. Elle passe devant Pierre qui U happe au passage.) Tenez, là, VOtrC petite

élève... la chouchoute... Vous en serez fière, allez!... Que voulez-vous qu'il pousse dans de pareilles caboches? Ah! l'aurez-vous préservée celle-là, avant la vie, Isabelle!... Eh! eh! mon dieu, quels yeux mauvais! Voyez-moi ça!... la petite poison!

(Jeannine se dégage d'un coup d'épaules et va froidement à sa sœur.) GEORGES

Tu l'embêtes, cette enfant, avec ton lyrisme!

JEANNINE, à Isabelle.

Tiens, voilà les clefs.

(E!lo jfîl!o les olofs sur la table avec bruit et s'en va.)

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