‹ ThéâtreChapitre 18 sur 244 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ISABELLE, à Jeannine.

Jeannine! Eh bien, Jeannine, où vas-tu?

(Jeannine sort sans répondre, sans se retourner.) ISABELLE, À Pierre.

Vous Tavez froissée ! C'est intelligent. N'importe, vous m'amusez... Comme si tout le monde avait à se préserver, comme si c'était une loi de naissance 1

GEORGES

Le passionnai obligatoire.

PIERRE

Vous préférez la petite épargne bien française.

GEORGES

Non, mais il devient extraordinaire, ma parole... On dirait qu'il s'en prend à nous... Pourquoi cet air rogue?

ISABELLE, ittterrompiait encore vivement.

Oui, que voulez-vous dire? Que nous ne sommes que de petits bourgeois? Mais pourquoi nous en faire un crime! C'est curieux, Pierre n'a jamais pu admettre qu'il y ait des âmes totalement, oh! mais to-ta-le-ment fermées à ce qu'il appelle avec tant de fracas « la passion ». Elles peuvent aimer beaucoup tout de même, soyez-en sûr... C'est cela que vous voulez me faire dire?

(Elle se retourne vers Georges et trte sérieuse.) Eh bien, je le dis

sans gêne, et Georges ne le trouvera pas déplacé : nous nous épousons tous deux, oh! mon dieu, sans passion... et c'est tout de même une belle union que la nôtre.

PIERRE

Je n'ai pas dit le contraire. Seulement, pourquoi ce petit air fat et compatissant?

ISABELLE, riant.

Mais non! vous êtes extraordinaire. Question de nature, de... tempérament, je ne sais pas moi... vous allez me faire dire des bêtises.

PIERRE

Oui, vous avez la prétention d'être supérieurement équilibrée. Quelle erreur est la votre! Je n'en veux d'autre preuve que cet amour désordonné et insupportable pour Jeannine.

ISABELLE, avec volubilité.

Ça, c'est autre chose, mon cher! Cet amour-là est fait de quinze années de dévouement, d'abnégation, de... ^

PIERRE, l'interrompant.

Je m'en fiche. C'est de la passion, et de la plus déséquilibrée, encore!

ISABELLE

Oh! puis, la passion! On ne s'en lassera alors jamais de ce vieux sentiment si fatigué, si usé?... Voyons, Pierre, vous ne trouvez pas qu'il serait temps d'y substituer autre chose, un sentiment plus grand, plus noble, plus sain?

PIERRE

Là! vous croyez avoir dit quelque chose de très forti On le voit à votre air épaté. Mais vous parlez comme une institutrice libérale! Mais vous n'êtes rien moins qu'une émancipée, ma pauvre amie. Quelle illusion!... Et puis, diantre, attendez au moins demain matin. Vos idées changeront peut-être d'ici-là!

ISABELLE

Continuez, vous m'amusez.

PIERRE

Non, je vous vexe... Seulement, tant pis! c'est aga-

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