ACTE PREMIER
IRÈNE
Tout à Theure, quand ton ombre est apparue sur la vitre, positivement je l'ai sentie là.., dans le dos.., elle m'attirait... je me retournais tout le temps inquiète... je n'étais plus à ce qu'on disait... je me suis presque trahie, par amour d'elle... Ce n'était pas toi et c'était toi tout de même, cette ombre, et quand j'ai été cogner dedans avec le doigt, j'ai eu l'impression de la toucher comme un oiseau... Et devant tout le monde, instinctivement, par une irrésistible impulsion, je m'en suis si fort approchée que j'ai senti le contact de la vitre, là, sur mes lèvres... J'avais baisé ton ombre sans le vouloir.
GEORGET, à voix basse.
Je te veux! je te veux!... Tes yeux!... si tu savais... tes yeuxl...
(Une grande lueur, pAle, dehors à la fenêtre.) IRÈNE, sursautant.
Oh! tu n'as pas vu?... un éclair... J'ai eu peur.
GEORGET
C'est un éclair de printemps, à l'horizon. Il ne pleut pas...
IRÈNE
N Ferme la fenêtre. Il y a un souffle qui passe sur le boulevard... Tu entends les platanes qui se courbent?... Ferme. J'ai les épaules nues... et ce soir elles sont
trop prêtes à frissonner... (Georget se penche sur ces épaules-là, et y pose les lèvres... Irène, le repoussant, les yeux troublés, avec une voix
suppliante.) Nou, va-t'cu... va-t'cn... Ici je suis la mère, Georget, la mère... Et puis Paulot, Paulot au fait?...
GEORGET
Il est dans sa chambre à travailler.
246 MAMAN GOLlBfil
IRÈNE
Va voir s'il y est c«ctîi«.
Paurquoi?
IRENE
Si, je veux... va n'assurer quHl y est... je sepawiphi'S tranquille... (Se levant.) Afi ! puis, nous sommes fKMis... Désénervons nous... pensaas à autre chose... Passe-onm un livre, tiens, n'importe lequel, celui-là. Va, va vite..-
je t'en supplie. (Georgct sort rapidement, par le grend aaleo; <m Je voit disparaître. Irène lisant.) TiettSl... Colibri ! (Elle s» peaohjB curieusement sur le livre.)
(Un instant s'écoule ainsi. Puis on voit rentrer Georget... Il considère, de loin, au fond, Irène, qui ne lentend pas rentrer.- fit alors, tout doucement, sur la pointe des pieds, à pas de loup, il traverse la pièce et s'approche d'elle, par derrière, pour l'embrasser dans le cou. A la porte de gauche, Richard vient d'apparaître. Il s'est arrêté sur le seuil, et regarde son ami traverser de cette étrange façon le salon. Au moment où il s'approche d'Irène, Georget, qui a dû entendre un bruit tourne la tête du côté de Richard et l'aperçoit. Interloqué, il reste la jambe pliée, dans une posture stupide et balancée.)
GEORGET, s'efforçant d'être très naturel.
C'est toi ? (Souriant et montrant, bêtement, du doigt le chemin parcouru.) J'allais faire peur à ta mère.