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SCENE III Les Mêmes, IRÈNE

;La porte de droite s'ouvre. Irène entre, la chanson sur les lèvres, joyeuse, les yeux brillants. Elle a un petit tablier blanc brodé pardessus sa robe.)

IRENE, de la porte, en riant.

.Je ne me trompais pas. J'avais entendu votre voix... et votre pas sur le sable... Bonjour, Geo... Vous ne saivez pas ce que je fais?... Et d'abord, ne suis-je pas gentille, hein, avec ce tablier de poupée?

GEORGET

Vous avez l'air Louis XV.

IRÈNE, avec une grimace.

Horreur! Vous ne savez pas ce que je fais?... Des pralines... des pralines à la rose, une recette à moi; c'est délicieux. -Si vous êtes sage, vous en aurez...

(Elle on tire une de la poche du tablier et la croque.) Ne VOUS imaginez pas que c'est à la cuisine que j'opère. Je fais ça sur une lampe à esprit de vin; et je tourne, je tourne... Je dois être toute rouge.

GEORGET, montre le ruban de son chapeau*

Pas tant que mon ruban!...

IRÈNE, croquant une seconde praline-

C'est vrai, vous avez un petit genre balnéaire, mon cher... (Elle fait claquer sa langue.) Ça VOUS va très bien d'ailleurs. Je ne vous fais pas souvent de compliments, mais quand je m'y mets!... A part vos gants... ils vous aveuglent!... Des gants blancs, à quatre heures, à la campagne? Georget vous êtes fou!

GEORGET

On a une manière de me dire mes vérités dans cette maison !

IRÈNE

Dieu, que j'ai chaud!

Sans doute cet affreux temps lourd.

IRÈNE

Pouvez-vous dire! Il fait exquis... C'est un temps d'abeille. J'adore. Nous allons sortir tout de suite, vite... J'ai envie de faire des kilomètres aujourd'hui. On va se payer une longue promenade tous les trois, pas?

ACTt: DEUXIEME 261

RICUARD

Pour ma part, je suis fatigué.

IRÈNE, sans insister.

Bon. Georget m'accompagnera... (Elle le regarde dans lea

yeux.) si ça ne Tennuie pas trop, tout de même, ce jeune homme!

GEORGET, minaudant.

Chère madame...

IRENE jette une fleur de son corsage en l'air, au plafond, comme ça, sans raison; puis elle pirouette sur ses talons et se dirige vers la porte.

Je vais mettre mon chapeau:.. Allons, bien!...

GEORGET

Quoi?

IRÈNE, sur le pas de la porte, la main tendue.

La pluie.

GEORGET

Un nuage qui passe. Voyez, il y en a pour cinq minutes!...

Cinq minutes, cinq minutes!... Oh! que c'est rageant!... J'avais une envie folle de sortir, de courir. Mes jambes se sont engourdies à travailler.

GEORGET

Ça va passer... Attendons.

IRÈNE, le regardant.

Je ne peux pas supporter les déceptions.

GEORGET, riant.

Eh bien, jouons à quelque chose... Un petit jeu innocent...

IRÈNE

Vous faites bien d'enlever vos gants! Dieu qu'ils sont laids!... Donnez-moi ça; vous ne les remettrez plus... je vais les jeter dans le puits.

GEORGET

Hé! hé là! pas de blague... rendez-les-moi...

IRÈNE

Jamais de la vie! ils ont besoin d'être salis un petit peu. La pluie leur fera du bien.

' GEORGET

Voulez-vous!... J'en ai besoin pour ce soir!...

Venez les prendre... Je vous défie de les attraper... morveux!...

GEORGET

Ah! si vous êtes polie, alors... (Gomme une enfant en récréation, elle le défie du geste et de la voix. Leurs yeux amoureux

brûlent à se fixer.) Je ne les attraperai pas? Je ne les attraperai pas?

(Avec de petits cris de joie, des rires, elle court et ils se cherchent de meuble en meuble sans voir les deux enfants, graves et accotés, qui les fixent, sans bouger. Un moment Irène et Georget sortent en courant, par la porte du jardin.

PAULOT

Oh! Richard!...

RICHARD

Quoi?

PAULOT, pâle

Rien, rien.

IRÈNE, rentre, poursuivie par Georget.

Ah! est-il bête! il a failli tomber... Pouce!.., (Eiie a les

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