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ACTE DEUXIÈME

ment nous éviter, nous fuir, sans une parole échangée?... Ce serait trop affreux. A mon fils je dois l'explication, si possible, de ma conduite.

RICHARD, secouant la tête.

Non !

IRÈNE

Ah! folle que j'étais, en effet!... folle qui ne voyais pas les regards de son fils, folle qui ne croyais même que cette chose fût possible !... Richard, écoute... tu vas te marier bientôt... lu vas nous quitter... voici que la vie commence pour toi... Le passé que tu laisses derrière, qu'il ne soit pas trop gâté dans ta mémoire... Garde-moi ton souvenir pareil... Ne juge pas trop mal ta mère.

RICHARD

Je répète que je n'ai pas à te juger. J'adore mon père infiniment... je le vénère... mais je sais que, dans une certaine mesure, il n'a pas toujours été avec roi ce qu'il aurait dû être... 11 n'a pas toujours été bon... attentif... il t'a délaissée... 11 a eu des maîtresses... Et sans doute cela est-il suffisant pour expliquer...

IRÈNE, l'intorrompant.

Non, je n'ai pas besoin d'excuse. Une jeune fille peut être abusée, une femme ne Test pas... Seulement, je ne sais pas, moi... c'est allé si vite, ces quinze dernières années!... La vie est si courte, mon Dieu 1 cela va, cela va... Il me semble que c'est d'hier que je t'ai eu... Je te vois encore petit, comme ça... avec tes cheveux dans le dos. Mon Dieu! on n'a pas le temps de se retourner, de comprendre ce qui se passe... Est-ce que je sais, moi, seulement, ce qui me tombe là, au plein milieu de ma vie?... On m'a mariée à ton père, toute jeune... et ensuite, les années ont filé, filé, c'est effrayant!... Te voilà grand, maintenant ; je vais bientôt

te conduire à Téglise, et il me semble que c'est moi qui en sors, que j'ai toute la vie devant moi, que ça commence... Ah! on devrait se cacher, je le sais bien, de ses enfants, tant qu'on est capable d'êlre encore une amante... les enfants ne devraient pas savoir... Je te demande pardon, alors, Richard, si je te scandalise; mais ce n'est pas ma faute... J'ai un printemps en retard... tu sais, ça arrive... regarde... nous en parlions hier, tu te souviens ? Il y a des oiseaux qui se mettent à bâtir leur nid très tard. .. On se dit : « Sontils bêtes! Voilà l'automne! » Il faut nous excuser; c'est une erreur de saison... Vois enta mère une chose fragile et désolante. Ferme les yeux, mon petit, si je t'oftusque... Moi, j'ai un médaillon où il y a des cheveux de maman quand elle avait vingt ans... des cheveux blonds, exquis... ça m'a toujours presque choquée: ils sentent les baisers, ces cheveux... Il faut oublier ça, vois-tu, c'esi des impressions... et penser que, si rien de tout cela n'est bien fameux, il faut être bon tout de même, parce que les cœurs ont déjà beaucoup de peine à être les cœurs qu'ils sont !

(Elle éclate on sanglots.) RICUARD

Tu n'avais pas à t'excuser... Rien n'entache mon respect pour toi. Tout cela doit me rester absolument étranger. Ma mère, c'est ma mère. Ce qu'elle a fait, ce qui s'est passé, échappe complètement à mon jugement et ne me regarde pas'; c'est lettre morte, un voile baissé. (Avec véhémence.) Mais cc qui me regarde, par exemple, c'est l'affront fait à mou père !

Que veux-tu dire par là ?...

RICHARD

L'offense qu'il ignore et qui insulte, venant d'où elle

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