‹ ThéâtreChapitre 192 sur 244 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

part, toute la famille et Tamitié trahies, voilà ce qui me concerne ! Mon père est forcé de sourire tous les jours à qui lui a pris l'honneur de son foyer... Je suis là, moi, pour le représenter.

IRÈNE

Ah ça, mais!... Richard, tu ne m'as pas comprise? J'excuse ta première impulsion, dans Femportement bien naturel de la jeunesse... La seconde sera toute de raison, de pitié, j'en suis sûre.

RICHARD, avec emportement.

Tu n'as pas imaginé, j'espère, maman, que je toucherai seulement une minute de plus la main de cet individu, que je tolérerai sa présence seulement un jour I...

IRÈNl'3

Il ne s'agit pas de cela... Après la révélation que tu viens de me faire, Richard, sois sûr que je n'imposerai pas à ta délicatesse la moindre situation qui la puisse blesser. Tu ne reverras pas Georget, que peut-être dans la mesure des circonstances forcées pour ne point éveiller les soupçons de ton père... Mais tu peux t'en reposer sur moi, sans nulle crainte. Cette conversation, ce qu'elle ouvre tout à coup dans ma conscience de nouveau, tout va m'en donner le courage et... (Un soupir) peut-être aussi la force ! En tout cas, tu peux t'en reposer sur moi pour que rien ne t'atteigne; cela je te le jure.

Ah! non, non î Ta vie te concerne, entendu!... arranget'en. Mais nous avons un compte à part à régler, d'homme à homme. 11 sera réglé, j'en réponds. Comnient, ce garçon que j'ai introduit chez nous, auquel j'ai donné mon amitié et ma confiance, qui m'a trahi lâchement, hypocritement, qui est venu introduire ici

le déshonneur... eh! oui, appelons les choses par leur nom!... le déshonneur dans la maison intacte, ce gaillard-là resterait impuni?... Mais je voudrais me retenir de lui souffleter la face que je ne le pourrais pas! Tout mon sang ne ferait qu'un tour ! Non, non, c'est un compte particulier, en dehors de tout, qui ne ressort que de moi! Cela ne s'appelle pas une réparation, mais de la vengeance !

IRÈNE, poussant un cri.

Ah!...

RICHARD

Quoi?

(Elle est droite, le doigt fixé vers le front de son" fils.) IRÈNE

L'ennemi!... je l'ai vu, là, dans les yeux de mon propre enfant!... l'ennemi!

RICHARD, se redressant.

Le justicier, lu veux dire.

IRÈNV:

Le justicier! Ah! le grand mot!... La jeunesse s'en enivre, de ces mots-là ! Tu en pèseras plus tard la vanité. Ecoute, Richard... la situation est assez pénible, ne nous payons pas de phrases creuses, d'attitudes. Appelons du fond de nous, au contraire, tout ce que nous pouvons de sagesse, sans excès, mais sans faibleFse. Tâche de bien comprendre ceci, posément et sagement : je l'ai élevé, je t'ai consacré mes années, avec un amour et un dévouement de tous les instants; le voici grand; maintenant tu vas bientôt voler de tes propres ailes, partir... au mois d'octobre tu seras marié; tu vas aimer à Ion tour, fonder une famille nouvelle : j'ai accompli mon devoir vis-à-vis de toi, ma fonction de mère est terminée. Va vers ta vie. Ne retourne pas la lète. Ce que tu laisses derrière ne t'appartient plus. Dis-toi cela qui est la vérité... et va! Nous sommes quitlesi

Page 1