ACTE DEUXIÈME
RICHARD
D'abord je ne suis pas encore parti! Et puis j'ai eu tort de dire le moindre mot là-dessus... Je me suis emballé; je rétracte.
IRÈNE
Tais-toi! tais- toi! Que comples-tu faire?...
RICHARD
Ça me regarde.
IRÈNE
Moi aussi... Réponds, réponds... Mais, malheureux, ce n'est pas possible! Tu es d'une force exceptionnelle aux armes... je l'ai voulu ainsi!... Lui, ne pourrait pas se défendre, il ne se défendrait pas, je le connais... Ce serait un crime abominable!... Richard! tuoe vas pas te battre?
Je n'ai pas dit cela... Je n'ai rien dit. D'ailleurs, rassure-toi; en tout cas, ta personne sera écartée, soigneusement...
IRÈNE
Je te défends de le battre!...
RICHARD
Ah! je t'en prie, maman, assez!... On a ça dans le sang ou on ne l'a pas! On ne discute pas ces sentiments là, d'abord. Et mettons que je n'aie fien dit.... D'ailleurs oui... tu as raison... Je réfléchirai.
IRÈNE, avec désespoir.
Ecoute... je te promets, je te jure que tu ne le verras plus. Je ne peux pas mieux dire, mon Dieu!... Que je ne le verrai plus, même...
RICHARD
Eh bien... oui... oui... je réfléchirai.
IRÈNE
Tu mens! je vois bien que tu mens, pour ne pas m'effrayer... Songe que c'est moi la coupable. Tu parles de justice! Songe, s'il y a une punition, elle est pour moi! C'est un enfant, lui... un vrai enfant... Tu commettrais un assassinat !
RICHARD
Ce n'est pas pour moi que tu as peurî...
IRÈNE
Ah! je sens que je ne fais que t'exaspérer! Mais je suis au martyre!... Songe à moi... c'est effrayant! Calme-moi, Rchard... je ne devrais pas te montrer cette anxiété... Mais que veux-tu, on n'a pas le cœur tout d'une pièce... On en a des morceaux qui appartiennent à tous ceux qu'on aime... il faut avoir pitié...
RICHARD
Là, là... c'est entendu!... Calme-toi... Puisque je te dis...
IRÈNE
Pour moi, Richard, pour moi, je t'en supplie... (Eiieest
presque à genoux, les yeux cramponnés, le geste errant. Tout à coup, elle
se relève d'un bond.) Ah ! malhcurcux I malhcurcux ! je vois dans tes yeux la résolution implacable... Tu verras, tu aimeras un jour... que dis-je?tu aimes!... Un jour, à ton tour, tu subiras la force de ton cœur... tu souffriras... Puisses-tu te rappeler alors... et qu'il ne soit pas trop tard !
RICHARD
Mère...
IRÈNE
Richard, écoute... Ne fais rien. (Elle halète.) C'est le grand amour de ma vie.