PIERRE ISABELLE PIERRE
« Je ne sais pas moi, ce que c'est que le dialogue, » — ma petite amie parle toujours, — « mais il paraît qu'au théâtre on ne peut rien faire sans le dialogue. Ce n'est pas l'esprit qui me gêne, dit-il; l'esprit, ça c'est national ; il n'y a pas de départements. Alors, les deux premiers actes, tout marche. Seulement, c'est lorsque arrive l'émotion, au troisième acte... (l'émotion, il paraît que c'est au troisième acte) alors ça n'y est plus, je me laisse aller, tu comprends, j'ai l'air de croire que c'est arrivé, d'y couper. Il doit y avoir une manière de ne pas avoir l'air d'y couper! Seulement, voilà, il faudrait être de Paris. ^> Eh bien, tel ce bon jeune homme qui se destinait à l'art dramatique, quand arrive l'émotion, il vaut mieux que je retourne en province, voyez-vous... je n'ai plus la nuance.
ISABELLE
Revenez guéri.
Adieu^ Isabelle. Je ne vous en veux pas. Vous me croyez?
ISABELLE
Oui.
(Un temps. — Le domestique apporte le chapeau et le pardessus.) PIERRE, mettant md pardessus.
Je vous écrirai. Quel souvenir vous allez garder de
moi I J'ai honte un peu. (Il se regarde complaisamment daas la glace en mettant son chapeau.) Bah ! en SOmme, rOCOCO, maiS
j'aurai été ce qu'on appelait autrefois un galan t homme. . . la jolie expression 1... un de ces voyageurs surannés
comme on en rencontrait jadis, dont on disait : Je Tai connu à Chiassetti, ou ailleurs, il aimait une belle dame, qui avait un chapeau de salin blanc, et il mourut en lui écrivant des vers sur son Pétrarque, (n rit.) Allons, adieu. Quelle stupide conversation de départ!
GEORGES, rentrant.
La voiture est là.
PIERRE Je me sauve, (a Madame Heiman, qui vient d'entrer.) Au re-
voir, vous. Olr! nous sommes gens de revue!
ISABELLE, lui tendant la main.
Bon courage, mon anîi.
(Ils se regardent.) Bonne chance, Isabelle, (a Georges, en sortant, la voix un pea
contractée.) Fermée, la voiture? Il doit faire un temps!