ACTE PREMIER
çant... A la veille, que dis-je? à la minute du sacrifice, vous avez une manière de sublime tranquille qui dépasse tout ce qu'on peut rôverl... (SarcasUque.) Hél toi» là-bas, rhomme, que penses-tu dans ion coin de cette conversation de soir de noces?
GEORGES, négligé.
Continuez, je vous en prie, ne vous gênez pas pour moi.
ISABELLE
Nous pensons de même, n'est-ce pas, Georges? Ohl nous nous sommes très approfondis.
GEORGES, se rapprochant, la boîte do cigares à la main.
En tout cas, un fond commun, que je ne crains pas d'avouer, c'est Tamour de la paix... Je redoute les orages sublimes .. Je ne vois pas pourquoi je ne me passionnerais pas pour mon bonheur... mon travail aussi. J'aime bien mon travail... je crois... il me semble... Tu veux un cigare?
PIERRE, visiblement moins maître de lui.
Le calumet de la paix?
GEORGES
Ne raille pas, vieux. Oui, j'ai un penchant au bonheur, un irrésistible penchant à la paix. Tout petit, je me souviens que je te cédais déjà aux billes, au collège, quand tu trichais, ce qui t'arrivait souvent dans la fièvre des jeux illusoires, pour avoir là paix. Ça dure encore. Et ne hausse pas les épaules. Je ne suis pas un homme plus médiocre qu'un autre.
(Ce disant, il a un peu brutalement appuyé la main sur l'épaule de
PIERRE, énervé.
Possible! c'est toi qui railles, eh bien, écoute...
ISABELLE, interrompant aTeo viy«eitë.
Qaoi? (Elle le regarde fixement.) Je VOUS défie, Pierre, de ne pas rire.
PIERRE, après un court silence, haussant las épaules.
Vous avez raison. (La voix changée.) Tiens, veux-tu me faire chercher mon vestiaire et une voiture, c'est plus important.
GEORGES
Comment donc !
(Il sort.)
SCÈiNE VllI PIERRE, ISABELLE
PIBHRE
J'ai failli devenir tout à fait ridicule. Merci de m'avoir arrêté à temps. Ah! décidément, oui... pas dans le train I
ISABELLE
Personne n'est parfait.
PIERRE
Oh! je sens la tare, allez! Je ne m'illusionne guère. Je possédais autrefois une petite amie (ne cherchez pas, je vous en prie, vous n'avez pas connu) qui s'intéressait vivement à un jeune auteur dramatique dont le nom ne nous est pas encore parvenu. Il est de Nantes, disait-elle, et il prétend que c'est pourquoi il ne réussira jamais. J'essayai vainement de protester. « Non, non, reprit- elle, il me répèle souvent : Vois-tu, il y a quelque chose qui me manque; si j'étais né à Paris, mais né... ce qui s'appelle né... eh bien, je Taurais. »
ISABELLE, riant.
Que lui manquait-il?
Le dialogue.
Et alors?