ACTE TROISIÈME
remarqué que je jouais très incidemment avec ce livre, mais sans le lâcher, pendant que nous causions... Il était très ennuyé ; il aurait bien voulu me le prendre. .> C'est un livre qu'elle vient de lui envoyer, à lui... Je suis sûre que, si nous l'ouvrons, nous trouverons quelque raison à cet envoi... (Eiie ouvre le livre.) Tenez... une page cornée... une phrase soulignée : « Prenez garde, Tamour d'une jeune fille ressemble à ces eaux qui ne sont tuop froides que parce qu'elles sont pures... »
Hypocrite, va! (Elle furète encore dans le livre.) Et là, tCUCZ,
tenez... comme par hasard... sa photographie!... oubliée là-dedans pour qu'il la prenne. (Kiiea un mouvement mipuisif,
comme pour jeter le livre. Elle se reprend et le pose, avec douceur, sur
la table.) AUous, remettons tout en place... Il ne faut pas déranger les nids qui se forment.
MADAME LEDOUX
Vous pleurez ?
IRÈNE
C'est possible... J'ai regardé ma main depuis hier... Ça m'inquiétait ce que vous m'aviez dit... c'est vrai qu'elle est très coupée, la ligne de chance!
MADAME LEDOUX
Seulement, elle est longue.
IRÈNE
Oui, mais il y a des barres, des routes, toujours de petites routes sèches et ravinées qui traversent... et ça s'en va... ça s'en va... La première, c'est peut-être celle de maintenant, dites?... Elle est plus creuse... plus impressionnante. . .
MADAME LEDOUX
Voyons, vo.us n'allez pas croire à ces calembredaines ! Je m'amusais... Ne restez pas ainsi, votre petite main tendue... Elle a l'air de demander l'aumône.
IRÈNE
Au destin, madame Ledoux, au destin... elle demanxle[sa pauvTe aumône! (EUe soupire : un temps.) Dites? dites?... Est-ce dur, la vieillesse?...
MADAME LEDOUX, éclatant de rire.
Mais c'est très impoli ce que vous medemandez-làl
IRÈNE
Vous ne m'avez pas comprise.
MADAME LEDOUX
Si, si, allez... je ne m'illusionne même point. Vous avez été attirée par moi, moins à cause de notre voisinage, qu'à cause de ma « légende »... Ah!... la mère Ledoux! Ce qu'elle représente pour vous!... Vous interrogez ce vieux visage, autrefois caressé... C'est le pressentiment de vous-même qui vous attire... Eh bien, ma petite, on ne vous a pas trompée. J'ai aimé... j'ai étreint... j'ai désiré... un peu de tout... pêle-mêle... Ça été exquis et féroce... Et il y a encore des jours oh ce tas de souvenirs, ça plaque, là... comme une brûlure... Oui, c'est très dur, la vieillesse. Rien ne guérit et tout y sèche.
IRÈNE
Oublie-t-on?
MADAME LEDOUX
Bien peu... bien peu!...
IRÈNE
Est-on hanté?
MADAME LEDOUX
Ce sont les beaux jours qui font le plus de mal...