ACTE QUATRIÈME
Oui, j'avais beau crier, je ne réussissais même pas à l'impressionner... Les mots tournaient machinalement dans ma bouche... Cette sensation m'est restée toujours très nette... Que parles tu de pardon, alors que, si je le lui offrais, c'est elle qui ne l'accepterait pas!
RICHARD
Ah! c'est que tu le l'imagines comme autrefois... Elle a bien changé en deux an?... Il ne s'agit pas de révolte, va! Si lu l'avais entendue, ici, tout à Theiire, elle t'aurait touché, si simple, si repentante, si humble et lamentable, la pauvre femme.
RYSBERGUE
Elle s'est accusée, n'est-ce pas ?
RICHARD
Formellement.
RYSBERGLE
Elle a témoigné de sa honte? Pour un peu, si tu lui avais demandé de honnir son^Georget avec horreur, elle l'aurait fait.
RICflARD
Je le lui ai demandé.
RYSBERGLE
Il n'y a pas de renoncement qu'elle ne te consente ! . . . Toutes lès lâchetés, toutes les humilités, tu les auras, à une condition, une seule : c'est que tu lui donnes ce petit bout de gosse qui est là, qu'elle attend... et qui est devenu la seule espérance à laquelle elle puisse se raccrocher... Je vais même, mon pauvre Richard, t'enlever une illusion,, et ce te sera pénible, mais que veux-tu?... Elle t'a probablement fait aussi des protestations de tendresse et elle t'a donné à comprendre que c'était beaucoup pour toi qu'elle revenait?
Sans doute.
RYSIKRGUE, lui donnant une tape ironique sur l'épaule.
Et ta en as conçu, avoue, un peu de fierté? .Naïf! Je suis fâché de t'enlever celle illusion facile, mais si nous élions seuls, toi et moi, ni Tun ni l'autre, nous ne la reverrions. Celle-ci va droit à sa continuation, son instinct la dirige égoïstement toujours... vers ce qui est son nouveau destin. Le passé est un fleuve qu'on ne remonte pas. Mjlintenanl (montrant la porte de la chambre du bébé)
c'est à lui le tour!... Mais nous, mais nous... mon pauvre Richard !... Sans celui qui vient do naître, que serais-tu pour elle? Va, va, quoi qu'elle t'en ait dit, ce n'est pas vrai... Elle a employé l'habile pitié des larmes pour l'attendrir... Que ne ferait-elle, probablement, pour gagner cet enfant?... Ellie revient avec la dernière des platitudes se ranger sous les lois qu'elle a reniées, il n'y a pas deux ans, et avec quel orgueil... -Contradiction, oui, mais contradiction apparente... Et regarde la courbe de sa vie, comme elle est dessinée, nette, précise!... Mon pauvre Richard, va, tu as beaucoup à apprendre... Et les femmes te rouleront encore.
(Et, paternellement, il lui allonge une pichenette sur» la joue. On dirait qu'il y a une jalousie sarcastique et triste dans cette caresse.)
RICHARD, regarde son père, sans bien comprendre. Ses yeux francs et clairs un peu ahuris.
Alors, père, tu attribues, à une basse comédie, son attendrissement de tout à l'heure, ses larmes?
(Il est presque indigné.) RYSBERGUE
Non pas, c'est inconscient!... Et qui sait même, peutêtre est-elle sincère... Sait-on? (Il s'assied nerveusement sur le
bord de la table.) Peut-être ne se souvient-elle déjà pluSt..., car c'est effrayant, nous l'avons éprouvé nous-mêmes,