ACTE PUEMIRft
ISABELLE, suffoquée.
Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que c'est que cette divagation philosophique, tout d'un coup?
JEANxNLNE
Je ne sais pas... fais pas attention.
(Elle se blottit dans les bras de sa sœur, yeux clos, avec un petit grognement.)
ISABELLE
Comme il t'échappe des bribes de phrases par moments, Jeannine, que je n'aime point, pleines d'amertume, bizarres, communes...
JEANNINE
T'occupe pas... c'est ma moue, c'est quand je fais ma moue !
ISABELLE
Allons, je ne réussis qu'à l'impatienter.
JEANNINE
Écoute... dis-le moi dans les yeux. Tu seras profondément heureuse?
(Elle regarde sa sœur avec des yeux tout grands et sérieux.) ISABELLE
Profondément.
JEANNLNE
Eh bien, alors voilà, c'est fini! Je suis calmée tout à fait... Ce n'était pas plusdifficile que ça!
ISABELLE
Calmée, calmée ?
JEANNINE
Oh î complètement I Je suis même bien.
ISABELLE
Alors, vite, lève-toi. Cette fois, je ne peux plus attendre une seconde ; viens.
JEANNINE, avec un mouvement crispé.
Pas encore! pas encore! Non, écoute... je ne veux pas. Ça m'ennuie.
ISABELLE
Alors, désires-tu que je ijapporte quelque chose ici? U doit rester de ce que tu aimes au buffet.
JEANNINE
G'est cela, c'est cela...
Une coupe de fruits. Je te l'apporterai moi-même. ®h! je te gâte.]
JEANNINE, agitée au possible.
Mon dieu!... pas si vite, je l'en supplie... Reste une petite seconde.
ISABELLE
Tu es vraiment dans un émoi extraordinaire, Jeannine. Tu ne te sens pas malade?
JEANNINE, se ravisant et s'eiforçant de paraître naturelle.
Tu as raison ; il faut que tu t'en ailles. Tu dis une coupe de fruits?... Oui, une coupe de fruits... je veux bien... Seulement, ne l'apporte que dans un quart d'heure... pas avant... lorsque je serai tout à fait bien... Je vais m'étendre ici sur le canapé. C'est compris? Pas avant un quart d'heure?...
ISABELLE
Capricieuse!...
(Elle s'éloigne, Jeannine s'allonge sur le canapé et alors on entend comme une plainte.)
JEANNINE
Sœurette ! sœure Ite I . . . quel dommage ! . . .
ISABELLE, se retournant.
Ohl un reproche? Encore 1