ACTE DEUXIÈME
Certainly.
JEANNINE
Take.
ISABELLE
Well.
JEANNINE
(Elles allument leur cigarette.)
ISABELLE, la poussant vers le canapé.
Assieds-loi là... Tu as le temps... Tiens, les allumettes. (Elle rit et la Uent enlacée.) Ch'tlt bout, Val... tU ne
^ais pas ce que ça veut dire : chHit bout ? c'est les paysans d'ici qui disent comme ça.. . c'est vrai ! (BUe lembrasse.) Je t'aime bien... Ah I on arrivera un jour à se retrouver I Tu ne peux pas rester dans cet état de claustration morale indéfiniment. Laisse-toi aller... dis-moi tous tes secrels... comme à une amie de couvent. (Enfantin ) Si lu étaîs au couvcnt, tu aurais bien des amies, n'est-ce pas?
JEANNINE, faisant tomber la cendre de sa cigarette.
Mais quoi, quoi te raconter?... Oh ! que c'est agaçant !
ISABELLE
Tout. J'ignore tout de toi... depuis deux mois. Pourquoi ne veux-lu pas parler ? Les premiers jours, tu as été exquise d'abandon... et maintenant...
JEANMNE
Oh I que c'est agaçant!... Qu'est-ce que tu veux savoir? Tu ne seras pas plus avancée!... Lundi je Taime, mardi je l'aime, mercredi je l'aime... et c'est toute ia semaine ainsi... Qu'est-ce que tu veux, ça ne se
raconte pas ce que j'éprouve !... (Deux longues bouffées de ci-
.garette.) Ah! si j'écfivais mon roman... peut-être!... (Grave subitement.) Tieus, j'ai pcusé à toi, justement, hier soir.
ISABELLE
Oui?
J'ai commencé une narration.
ISABELLE
Une narration ?
JEANMiNE
Si je la continue, je t'en montrerai peut-être des passages... ce qui pourra se montrer... (Mouvement d'Isabelle.) oh ! peut-èfcre ! . . . Je oe promtets pa^.., (Eiieiawse Vomfeer sa cigfâreate). Oui, j'ai pensé écrire certaines choses,,, pour... pour quand je n-e serai plus là... pkis tard.
(Elle hoche la tête.) ISABELLE
Ne parle donc pas ainsi!... Quelle phraséologie de mauvais goût! Tu parles comme les petites filles du
Musée des fanâlles î... (Isabelle glissant sur le canapé, tout contre
jeannine.) Tu ne vcux pas me montrer ça tout de suite? Tu ne peux pas aller me le chercher ?
JEANNINE, secouant la tête avec une froideur de reine.
Oh! non, non! C'est tout à fait impossible pour le moment !
(Silence.) ISABELLE, lui entourant la taille, et à voix basse.
Alors, dis... tu l'aimes toujours fort?
JEANNINE, prend un air de grand mystère et laisse tombe.r 4u bout <les d«nts, à peine.
Oui.
ISABELLE, l'embrassant tout & coup.
Cfe'ti bout, vaî... Est-elle gentille tout de mémel... Tu Tois, qu'est-ce que tu veux que -ça ime fesse, qu'est-ce que tu veux que ça me fasse !... T« as raison de l'aimer; il le mérite... Et aptes ?
JE ANWWE
Oh! mais lu me serres, tu me fais mal!... Je Tassure... je voudrais bien te faire plaisir, mais je ne sais pas quoi te dire !
ISABELLte, les yeux brillants, le visage avide.
Ce ^ue 1« penses, ce que lu fais... vos continences de la journée... ce que tu dis à Georges... n'importe quoi... les détails les plus insignifiants.
JEANMNE
Je cherche.
(Un souriro imperceptible passe sur ses lèvres.) ISABELLE
Ah ! je te vois sourire... tu as quelque chose sur les lèvres...
JEANNÏNE
Non !
ISABELLE, la serrant très fort contre elle.
Si, dis...
JEANNINK, baissant la tête en souriamt.
C'est bête î
ISABELLE
Quoi... quoi .. chérie?
(Elle attend anxieusement, le visage crispé, ce qui va sortir de la bouche de Jeannine... Lo silence est immense.)
JEATS'XINE
J'ai fait quatre vers hier.
(Isabelle, un instant désarçonnée par cet enfantillage, no dit rien d'abord, pais tout de suite, l'œil rebrilic, la bouche se contracte.)
ISABELLE
C'est vrai?... dis-les moi ? '
JEàNNINE, maniérée, se balançant.
Non!
ISABELLE
Si, dis.
JEANNINE, riant, gagnée.
Je n'oserai pas... Attends alors... je vais te les écrire...
(Elle se lève, va à la table en courant.) D'abord , je ne me leS
rappelle déjà plus !
(Elle cache sa tète dans ses coudes avec un joli geste d'enfant honteux.)
ISABELLE
Menteuse!
(Jeannine écrit en s'appliquant et en mouillant le crayon avec sa langue. Isabelle se rapproche d'elle.)
JE.\NNINE
Ne me regarde pas, ça me gêne.
(Elle cache le papier sous son bras.)
Je m'en vais, je m'en vais.
JEANNINE, continue; quand elle a âni, elle tend le papier à Isabelle sans la regarder, yar dessus l'épaule.
Tiens, prends ! . . . (Rapidement, elle se précipite au piano, rougissante, et se met à tapoter de la main droite.) Tll llS?
ISABELLE
Oui.
(Isabelle parcourt avidement des yeux. — Silence.) JEANNINE , toujours de dos, de loin, sans se retourner, en tapotant.
Ne fais pas attention à l'orthographe, ni à la rime, tu sais... Tu as lu?