ACTE DEUXIEME
ISABELLE, riant maL Oui... (Puis tout d'un coup, la voix changée et sifflante, malgré elle.)
Ce n'est pas méchant, c'est naïf!
(Jeannine se lève brusquement. Elle fixe sur sa sœur un regard interrogateur et haineux.)
JEANNINE
Je pourrais peut-être te dire des choses moins naïves, si je voulais!... Rends-moi ça...
ISABELLE; cachant le papier derrière son dos.
Pourquoi, Jeannine ?
JEANNINE
Rends-moi ça tout de suite... rends, tu le moques de moi!
ISABELLE, avec un ricanement d«ns la voix.
Tu ne veux pas que je les montre à Georges?
JEANNINE
Rends, je te dis...
(Elle atteint le papier et le déchire en mille petits morceaux.) ISABELLE, continuant.
Georges ne les connaît pas?
JEANNINE, cramoisie de colère et de dépit.
Je ne te répondrai plus jamais, jamais!...
ISABELLE
Ils ne sont pas mal du tout, ces vers... Je n'ai pas voulu te vexer. Il faudrait les montrer à Georges... Il ne les connaît certainement pas... S'il les connaissait, il m'en aurait parlé... (Eiie reière la tête avec orgueil.) Comme il me dit tout!
9i L'ENCHANTEMENT
JEANNINE
Alors, pourquoi me le demandes-tu ?
ISABELLE
Parce que tu aurais pu les lui montrer aujourd'hui, par exemple... ou tout dernièrement.
JEANNINE
Eh bien, demande-le lui donc... puisqu'il le dit tout . . . c'est plus simple !
(Elle se dirige vers la porte rapidement.) ISABELLE, fait un mouvement en avant*
Voyons... mignon...
JEANNINE
Si, je t'assure... ihoî, j'en ai assez... je m'en vais.
(Â la porte eWe se retourne une dernière fois, gouailleuse et reg;ardant Isabelle dans les yeux, elle lance :) Pour le TCSte, Si tU aS beSOiu
de renseignements... tu n'as qu'à demander à Georges I
(Et puis elle claque la porte du jardin. L'appartement en a IrembW.)
ISABELLE, seule.
Oh! j'ai été maladroite!... Oh! je m'en veux!... Elle
se moque de moi, maintenant... (On entend la voix de Jeannine qui chante très haut dans le jardin.) Allons, la YOilà qui chaute ! . ..
C'est clair... Je t'entends, je t'entends, va! Voilà une chanson qui parle mieux que toutes les paroles. (Elle
passe ses mains sur sa figure.) Oh! puis... (Elle rejette la tête en arrière, comme pour en faire tomber tout un poids.) Ah! il y a CUCOre
de belles préoccupations !
(Elle se précipite sur le piano ouvert et elle se met à jouer avec fureur des mains, de la tête et des épaules.)