ACTE THOISIÈMK I2i
GEORGES, minaudant.
Je ne sais si je dois...
ISABELLE, vivement.
Mais pas maintenant, tout à Fheure... quand il y aura du monde. Alors tu me diras tout bas, tout à coup : à ce soir, telle heure, près de tel endroit...
(Georges demeure un instant interloqué, puis la menaçant du doigt en riant.)
GEORGES
Ah, ah ! tu prends goût à ce petit jeu, tu vois?
ISABELI^
Oh ! je t'aime I
(Elle se blottit en lui comme un chat.)
GEORGES, la balance un instant de droite à gauche, avec calme et méthode ; tout à coup, il lui vient une idée.
Elles sont admirables ces roses, mais nous allons être asphyxiés pendant la lecture. L'odeur des cretonnes neuves et des roses, cela élouflfe 1...
ISABELLE
Tu crois? Ouvre la fenêtre. Non, non, ne l'ouvre pas, tu prendrais mal !
GEORGES
Il n*y a pas de danger.
ISABELLE
Si, tu prendrais mal. Tu es très délicat de poitrine.
GEORGES
Moi, délicat? Je me porte comme un bœuf.
ISABELLE
Tu te rimagines, mais, au fond, lu es très délicat, du côté de la poitrine, j'ai déjà remarqué. Tu t'enrhumes pour un rien.
GEORGES
Tiens, tu es adorablement comique !...
(Il va fermer la fenêtre.)
ISABELLE, a eu un (roDcoment de sourcils triste; quand il redescend, elle dît doucement.
Il faut me pardonner, lu comprends. J'ai, profond en moi, ce sentiment maternel et vieilli que la chose que j'aime devient, par ce fait, extrêmement fragile, se met un peu à dépérir... et j'ai comme un besoin de la couvrir d'un châle de tendresse... et une si grande peur qu'elle ne m'échappe !
(Un soupir.) GEORGES
N'aie pas peur. Je me retiendrai.
(Il montre son biceps.) ISABELLE, changeant de ton. Gaie.
D abord cet air de la campagne ne nous vaut rien. Plus tard, lorsque nous serons libres, et que Jeannine sera complètement guérie, nous irons faire notre voyage de noces. Tu veux? Nous irons à Venise. Oh! que ce doit être beau, Venise! .. Pourquoi ris-tu?
GEORGES
Rien, mais je n'ai pas de chance ! Toutes les femmes que j'ai connues ont voulu toujours m'emmener à Venise! C'est navrant. Je suis très bien ici, moi! (Se levant.) Qu'est-ce qu'ont donc ces chiens à aboyer? Neyt! Homère! Callipyge !... Ah! c'est le facteur, et madame Heiman. Le facteur et madame Heiman, c'est trop pour eux.
ISABELLE
Déjà! quel ennui!
MADAME DEIMAN, du dehors, à Georges sur le balcon.
Bon ion P.