‹ Théâtre impossibleChapitre 168 sur 201 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MADAME DE GUISCARD

Mais pourquoi te gendarmer si fort? Puisque la cérémonie ne se fait plus

Il n’en est pas moins vrai que demain j’entre dans la catégorie des vieilles filles !

MADAME DE GUISCARD

Tu seras demain ce que tu es ce soir : une des plus jolies personnes de Paris, très -recherchée, très-adulée, très-entourée, toutes les fois que tu ne reçois pas les gens à coups de fourche.

Eh ! voilà justement ce qui m’exaspère. Il y a vingt hommes dans ce bal qui me font la cour, sans compter le maître de céans qui est le plus empressé de tous. Tout le monde me parle d’amour, personne ne parle de mariage. S’il est vrai que je plaise autant qu’on me le dit , pourquoi ne m’épouse-t-on pas?

madame de guiscard, prenant une glace sur un plateau qui passe.

Attends. On ne t’épouse pas, c’est bien simple. On sait que tu as cent vingt mille francs de dot, et l’on voit que ta toilette seule absorbe deux fois ton revenu. Ton pauvre père t’a élevée à vivre grandement, comme il convenait à la fille

d’un amiral. Moi-même, je fais pour toi tout ce que je peux : tu es mon seul luxe. Mais ma fortune est tout en viager; il n’en restera rien après moi, et c’est ce qui donne à réfléchir aux hommes.

Non, ma tante; le mal ne vient pas de là. J’ai vu mille femmes élevées comme moi, et pas plus riches , épouser des partis magnifiques. Mais vous m’avez menée trop tôt dans le monde, et le monde me croit plus vieille que je ne suis, parce qu’il me connaît depuis longtemps. Que je suis malheureuse!

MADAME DE GUISCARD

Ne vas-tu pas pleurer pour te rougir les yeux? Après tout, si tu n’es pas mariée, c’est que tu ne l’as pas voulu. Nous avons refusé dix prétendants, tu le sais bien.

Dix prétendants ! Je sais bien que nous le disons. Mais entre nous, ma tante, nous n’en avons jamais refusé qu’un.

Qu’importe? Il t’a demandée au moins dix fois. Cela peut compter pour dix.

M. Gaston Lentz ! Un garçon qui n’est pas né !

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