LES MÊMES, TRUPHÊME, BRID’OIE
Brid'oie s'appuie en chancelant sur le bras de Truphême; ils vont s’asseoir face à face devant la table qui est au milieu du théâtre.
brid'oie.
Je n’en puis plus! où diable est-il fourré?
TRUPHÊME.
Pauvre voisin ! si tu avais dîné chez Fournet, tu serais peut-être aussi trompé, mais tu serais moins fatigué.
brid’oie.
Où est-elle ?
truphême, prenant la bouteille.
Bois un coup ! 11 n’y a que cela au monde.
Vois-tu, mon pauvre procureur, le solide, c’est le liquide.
GUILLEMETTE , à Guillcry.
Avouez que j’ai l’esprit bien fait.
guillery, galamment.
Comme tout le reste , Madame.
CUILLER Y
brid’oie.
On va me montrer au doigt.
» TRUPHÊME.
Est-il naïf! Est-ce qu’on me montre au doigt? Le monde n’est pas méchant. Du reste , sois tranquille, si quelqu’un te montre au doigt, je te-le ■ dirai.
brid'oie, pleurant.
Avais-je rien fait pour mériter cela?
truphême, meme jeu.
Oui , tu bats trop ta femme.
brid’oie , même jeu.
Puisque c’est par principe ! J’ai lu dans un livre que les Ilomains, hommes sages, plaçaient toujours dans la corbeille un bon bûton de bois de cormier.
truphême , même jeu.
Et tu crois qu’on ne les trompait pas , les Romains? Mais qu’est-ce que cela te fait? tu aimes donc bien ta femme ?
brid'oie.
Moi! Je la déteste, je la méprise, je l’ai en horreur, je la considère comme un animal inférieur, cher à habiller, cher à nourrir, fatigant à promener, difficile à amuser et impossible à gouverner ! Mais on a son amour-propre !