‹ Théâtre impossibleChapitre 43 sur 201 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

GUILLERY

Je sais l’histoire romaine, l’histoire sainte, l’histoire grecque , l’histoire perse , l’histoire turque, l’histoire gothique, l’histoire germanique, l’histoire anthropophagique et l’histoire des pois au lard , depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’avénement du roi François I er , dit le Chaste.

TRUPHÊME.

C’est trop ancien, Guillçry; tu ne sais rien de plus nouveau?

Si ; je sais l’histoire du grand procès des Bernardins et des Cordeliers.

brid’oie.

Conte-nous cela, petit; j’aime les histoires de procès.

GUILLERY

Je vous avertis que vous allez vous endormir. brid’oie , bâillant.

Non, non, raconte.

TRUPHÊME.

Il dormira, lui; mais moi je t’écouterai : raconte.

GUILLERY

C’est à propos de la récolte des hannetons....

GUILLERY

je veux dire à propos des hannetons qui mangent la récolte.... Vous m’écoutez?

TRUPHÊME.

Oui , la récolte avait mangé les hannetons.

brid’oie.

Eh ! non , compère, ce sont les hannetons qui avaient été mangés par la récolte.

guillery , lentement.

Vous avez raison tous les deux. Or donc, les hannetons des Bernardins, ou plutôt, le couvent étant sorti dans la campagne, le samedi des Rameaux, pour cueillir des mouches cantharides; comme les pluies d’automne s’étaient prolongées jusqu’en février.... et que l’hiver n’avait pu commencer qu’en mars, le prieur des Cordeliers sortit en même temps avec la bannière pour aller chercher des truffes ; et comme il intervint entre les parties belligérantes ce qu’on appelle en droit canon des mots de gueule, le parlement de Toulouse rendit un arrêt de colimaçon pour la lenteur; et considérant qu’il était urgent de couper court aux branches des arbres sur lesquelles les Cordeliers prenaient leur nourriture , nonobstant la malice des bedeaux, do, do.... ( Brid’oie et Truphéme s’endorment. Guillery s’échappe par le fond.)

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