ACTE III, SCÈNE II
dans son sac, lorsqu’il partit pour la conquête de l’Asie. Ecoute-moi bien : il n’est pas d’amours éternelles. Un jour viendra, que l’une de ces deux dames s’apercevra de tous mes défauts ; dès ce moment, tu n’auras plus que des qualités.
Toutes les fois que je parlerai un peu haut, on se dira : Monocorde avait la voix si douce ! Quand il m’échappera quelque sottise, on regrettera ce bon Monocorde qui ne disait mot : ne t’éloigne pas, tu es sur les rangs, ton tour viendra, c’est comme à l’Académie! Mais, grand enfant! ta part est cent fois plus belle que la mienne, car j’ai tout à perdre et tu as tout à gagner. Adieu!
MONOCORDE
Tu me laisses tout seul ! qu’est-ce que je vais faire ?
GUILLERY
Comment, ce que tu vas faire? Mais ton rôle est tout tracé! faire le guet aulour de cette place, crainte que les maris ne me surprennent! surveiller la maison où je ne serai pas, de peur qu’Isabeau ne me voie entrer chez Guillemette, ou que Guillemette ne me voie sortir de chez Isabeau ; en un mot, veiller en ami sur le bonheur d’un ami! Je te laisse le beau rôle, et tu te plains, ingrat!
GUILLERY
MONOCORDE
Tu es bien heureux, toi!
GUILLERY
Moi ! Je suis le plus perplexe de tous les hommes! Ah! Monocorde, ce n’est pas moi qui suis heureux, c’est le philosophe Pythagore, qui avait le don de se trouver en deux endroits à la fois. Regarde-moi ces deux maisons, songe à ce qu’elles renferment de beauté sans défense et de bonheur tout prêt!... Ah!... si j’étais deux! Trouve-moi deux pailles, nous allons tirer au sort.
MONOCORDE
Alors il y aura quelque chose pour moi?
GUILLERY
Fi donc! je te prends pour juge, et tu crois que je vais te corrompre? Tiens-moi cela dans tes mains; la grande pour Isabeau, la petite pour la petite. (Il tire une paille.) La petite!... Tant pis pour maître Brid’oie! Tu ne t’éloigneras pas, Monocorde?
MONOCORDE
Non, Guillery.
GUILLERY
Tu ne t’ennuieras pas, Monocorde?
Non, Guillery.