‹ Théâtre impossibleChapitre 53 sur 201 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

terai vertueuse toute ma vie, et c’est vous qui en serez cause !

GU1LLERY.

Vous ferez un joli métier ! vous, si bien faite pour aimer et pour être aimée , vous végéterez comme un rosier sur une fenêtre , à l’ombre d’un procureur ! Vous ne connaîtrez jamais les folles escapades, la douceur du danger, la saveur âpre et délicieuse du fruit défendu ! Il est un monde charmant, en dehors des lois, des conventions et de la routine, un monde tout peuplé de plaisirs , tout frémissant de caresses , tout retentissant de baisers ; un monde plus nouveau que l’Amérique, plus riche que l’Australie, un monde inlini en étendue et en beauté; et vous renoncez à le connaître, quand, pour y entrer de plainpied , vous n’auriez qu’à me suivre et me donner la main ! (La fenêtre d'Isabcau s'éclaire.)

GUILLEMETTE

Sans doute, c’est un pays charmant, mais vous y feriez une étrange figure si vous vous y promeniez comme un Anglais au bois de Boulogne avec une femme à chaque bras.

GUILLERY

Mais, il n’y a pas d’autre femme que vous; vous êtes la seule femme 1 Depuis que je vous

GUILLERY

connais, je ne regarde les autres femmes que comme des curiosités d’histoire naturelle : des hommes femelles !

GUILLEMETTE

Et lsabeau !

GUILLERY

Encore ! Pourquoi me parlez-vous d’Isabeau?

quand je ne parle que de vous? ( lsabeau sort de chez elle et vient écouter.) Cette petite main blanche est-elle la main d’Isabeau? Ce cou frissonnant qui rougit sous mes lèvres, est-ce le cou d’Isabeau? Cette taille, que je serre entre mes dix doigts, est-ce la taille d’Isabeau? Guillemette! guillemette, se défendant à peine.

Laissez-moi, Guillery!

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