‹ Théâtre impossibleChapitre 77 sur 201 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LECOINCHEUX.

Vous savez, comn;e nous , que le regretté M. Pérard était chauve.

JEAN

Mais alors....

ANGÉLIQUE

C’est qu’aussi monsieur me demande des . choses. Je ne sais pas où j’ai la tête. Maintenant je le reconnais, monsieur, il est à moi. Si monsieur veut bien me le rendre....

LECOINCHEUX.

Les vôtres sont plus longs et plus soyeux, Angélique. Ceci est un cheveu d’homme.... (gravement) pour ne pas dire de malfaiteur.

JEAN

Pardi! on le voit bien, que c’est un cheveu mêle !

ANGÉLIQUE

Vous le savez du reste, m’sieu Jean, puisqu’il est à vous. ( Elle le pince.)

JEAN

Aïe !

LECOINCHEUX.

Qu’y a-t-il ?

JEAN

Rien, m’sieu, une crampe.

lecoincheux, à Angélique, montrant du doigt la chevelure de Jean.

Ceci est noir, cela est blond !

ANGÉLIQUE

Justement ! C’est un cheveu blond que je lui ai arraché parce qu’il était blanc.

JEAN

Mais mais ( Angélique lui fait des signes .)

C’est que c’est pourtant vrai ! tout de même. Mes pauvres cheveux, jé ne sais pas ce qui leur arrive, mais elle me donne tant de tintouin que je blanchis. ( Bas à Angélique .} Menteuse!

lecoincheux, sévèrement.

Ne mentez pas à la justice. (Au brigadier.) Ajoutez cette pièce au dossier. {// lui donne le cheveu. — A Jean.) Allons, mon garçon, je vous crois.

jean, rassuré.

Oh! m’sieu, c’est que c’est la vérité, dà, nous sommes à nous arracher les cheveux toute la journée, et dame ! ça tombe un peu partout.

angélique, bas à Jean.

Bien! ( Haut avec aplomb.) Du reste, monsieur, on peut dire, sauf votre respect, que les cheveux, c’est comme l’argent, ça ne porte pas le nom de son maître.

LECOINCHEUX.

En effet. Vous me donnez une idée! Angélique!

ANGÉLIQUE

Monsieur ?

lecoincheux, tirant un billet de banque.

Savez-vous ce que vaut ce chiffon de papier ?

angélique.

Certainement, monsieur, j’en ai vu souvent à Madame. C’est un billet de cent francs.

lecoincheux.

J’ai besoin de changer. Pourriez-vous?...

mais non.... Brigadier?

LE BRIGADIER

Oui, monsieur le procureur du roi.

LECOINCHEUX.

Allez me chercher de la monnaie. Vous donnerez dix francs pour le change.

ANGÉLIQUE

Dix francs !

lecoincheux, au brigadier , négligemment.

Oui, allez!

ANGÉLIQUE

Mais, à ce prix-là, monsieur, n’y a pas besoin de courir si loin ! ( Tirant de l'argent de sa poche.) vingt, quarante, soixante, quatre-vingts, et deux pièces de cent sous; le compte y est.

L’ASSASSIN

lecoincheux , prenant les quatre-vingt-dix francs.

Je vois avec plaisir que vous faites des économies, Angélique !

Angélique, modestement.

Dame! monsieur, l’épargne est la richesse du petit monde.

LECOINCHEUX.

Madame vous paye en or?

ANGÉLIQUE

» Non, monsieur, non! cet or-là ne vient pas de... n’est pas à.... C’est les économies de Jean, monsieur! Monsieur sait que nous devons nous marier ensemble, et c’est moi qui tiens la caisse.

JEAN

Peut-on dire? ( Angélique le pince.) Mon Dieu ! oui, monsieur le procureur du roi, j’avais économisé ça en allant au cabar.... non! en n’allant pas au cabaret, c’est pourquoi Mlle Angélique me l’a repris. (A part.) Menteuse, va ! (Haut.) Mlle Angélique me l’a repris.

angélique, bas ù Jean.

Pour le porter chez le notaire.

JEAN

Oui, m’sieu, c’est bien ça, pour l’enterrer dans la terre.

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