‹ Théâtre impossibleChapitre 8 sur 201 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

GUILLEMETTE

Surtout pas de subterfuge !

ISABEAU

Ne vous échappez point par une porte de derrière.

GUILLEMETTE

Décidez-vous !

ISABEAU

Prononcez-vous, et vivement !

GUILLERY

Je me mépriserais moi-même, si j’étais capable de faire un choix.

ISABEAU

PI ait- il?

GUILLERY

Je vous aime toutes deux, de front.

GUILLEMETTE

Il est fou, ma chère.

GUILLERY

Non, mais j’étais fou lorsque j’ai cherché à vous donner le change et à vous cacher une chose aussi simple, aussi naturelle et aussi louable qu’un pareil amour. Mais que voulez-vous?

chaque temps a ses préjugés répandus dans l’air, comme ces atomes de poussière qu’on voit courir dans un rayon de soleil. On respire cela malgré

GUILLERY

soi, et si bien qu’on ferme la bouche, on en gobe toujours quelque chose. Aujourd’hui, c’est la mode de n’aimer qu’une femme à la fois. Tout le monde en est là!... Une femme!... Hors d’une femme, point de salut! Ce siècle est infesté de monogamie! On croirait, sur ma parole, que la nature n’a créé qu’une femme parfaite, et que, lorsqu’on a dit à celle-là : Je vous aime, on n’a plus rien à dire aux autres!

GUILLEMETTE

Mais c’est monstrueux ce que vous dites là!

GUILLERY

Soyez donc raisonnable, chère Guillemette, et jugez mieux les choses. Vous êtes belle, spirituelle, vive et fringante, n’est-il pas vrai? Vous en convenez , mais ma cousine est-elle pour cela laide, sotte ou mal plaisante? Les beaux yeux que vous avez, est-ce à elle qu’on les a pris? et faut-il qu’elle soit affreuse, parce que vous êtes à croquer?...

ISABEAU

A combien de femmes avez-vous dit cela aujourd’hui?

GUILLERY

Il n’est que quatre heures et demie. Et quand même j’en dirais autant à vingt femmes dans

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