‹ Théâtre impossibleChapitre 9 sur 201 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Paris! on a bien trente ou quarante amis sans scandaliser personne. Notre allié, le sultan des Turcs, aime autant de femmes que j’ai de cheveux, et on ne lui jette pas pour cela ses lettres au nez. (Jue vous avez tort de vous courroucer contre moi, et que la jalousie est un sot péché! Le vin de Suresne ne se fâche pas quand je bois du vin d’Argenteuil, et la blanquette de Saumur ne m’a jamais reproché mon amour pour le vin de Bourgogne. Ne soyez pas plus rigoureuses, et permettez-moi de penser que tous les vins sont bons et que toutes les beautés sont belles. Je vous aime, Isabeau; vous aussi, Guillemette. Ab! mesdames, si vous vouliez, quel joli ménage nous ferions !

ISABEAU

Taisez-vous, masque : un ménage à trois !

GUILLERY

On en a vu beaucoup cette année, dit Rabelais.

GUILLEMETTE

Écoutez, Guillery, un mot sans plus : Vous avez eu tort de courir deux lièvres à la fois. Lorsqu’on a la prétention de faire oublier à une femme de bien ses devoirs et son mari, il faut lui offrir un cœur entier; une moitié ne suflit pas.

GUILLERY

ISABEAU

Qu’on se le dise! vous ne comptiez pas sur ce dénoûment.

Il n’avait pas prévu que nous nous montrerions ses lettres.

ISABEAU

Ali ! vous êtes un homme de style, mais il faut vous perfectionner dans l’action. D’ailleurs, vous vous êtes trompé, si vous avez cru que nos maris dîneraient chez maître Fournet.

GUILLEMETTE

Et ils vont rentrer au logis.

ISABEAU

Et vous ferez bien de vider la place, si vous ne voulez pas leur apprêter à rire avec votre air déconfit.

GUILLEMETTE

Adieu, Guillery.

ISABEAU

Votre servante, cousin. (Elles entrent dans la maison de Truphême.)

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