SCÈNE VIII
MADAME PÉRARD
Taisez-vous, votre légèreté peut avoir des conséquences fatales. Il ne faudrait rien de plus pour faire manquer un mariage, ennuyeux sans doute , mais convenable à tous les points de vue, honorable même; et décidé depuis longtemps.
Ah ben ! madame, si ce mari-là vous manquait, il ne faudrait pas aller bien loin pour en trouver un plus jeune.
MADAME PÉRARD
Êtes-vous folle? un jeune homme qui ne me eonnait pas, ou plutôt qui me connaît fort mal, s’il juge les maîtres d’après leurs gens.
ANGÉLIQUE
Toujours est-il qu'il a pensé mourir de chagrin quand je lui ai dit que M. Lecoincheux venait pour vous épouser
MADAME PÉRARD
Ah!
ANGÉLIQUE
Et qu’il a déchiré la lettre qu’il vous avait écrite.
MADAME PÉRARD
Il avait osé m’écrire?
L’ASSASSIN
ANGÉLIQUE
Mais puisqu’il a déchiré la lettre, n’y a pas d’offense l
MADAME PÉRARD
C’est vrai!
ANGÉLIQUE
Oh ! pour un rien, il se serait jeté dans la Sorgue.
MADAME PÉRARD
Pauvre garçon! mais qu’est-il devenu? Où est-il?
ANGÉLIQUE
A la grâce de Dieu ! 11 ferait quelque coup de désespoir, je n’en serais pas trop étonnée !
MADAME PÉRARD
C’est impossible, vous n’y songez pas. Les hommes ne sont pas aussi déchaînés que vous le dites.
ANGÉLIQUE
On voit bien que Madame ne l’a pas entendu.
Après tout, ça vaut mieux pour la tranquillité de Madame. Lejeune homme est charmant; il parle bien, il doit avoir été à Paris; entre nous, je crois que c’est un artiste.
MADAME PÉRARD
Ah!