SCÈNE IX
son lorsqu’on oublie de fermer la porte ou la fenêtre. On ne me Connaît pas, et pourtant on me reconnaît, comme si l’on m’avait déjà rencontré au coin d'un bois, ou d’un rêve. Du reste, trente ans, peu d’argent^ énormément d’avenir, médiocrement d’esprit, et du cœur à tout casser! (Montrant la tasse qui est sur la table.) Tenez! \ oilà mon ouvrage de ce matin!
MADAME PÉRARD
J’espère, monsieur, que vous vous en tiendrez là, et que vous ne ferez pas d’autres ravages. L’accueil que je vous ai fait vous prouve que je ne suis pas trop provinciale pour une femme de province, mais vous vous tromperiez de tout, si vous me preniez pour une héroïne de roman. Si je vous disais que vous me faites horreur et que je vous déteste à première vue, je mentirais assurément; mais si vous supposez qu’il a suffi d’un regard en coulisse et de quelques mots bien dits pour me tourner la tête, je serais la première à rire de votre fatuité; je ne suis pas libre, monsieur !'
alfred, avec épouvante.
Mariée !
Non, mais engagée assez publiquement pour
L’ASSASSIN
qu’une rupture soit impossible. Personne n’ignore à dix lieues à la ronde que j’ai promis ma main h un homme de bien, assez riche, et fort considéré.
ALFRED
M. Lecoincheux?
MADAME PÉRARD
Vous l’avez dit : M. Lecoincheux. Ce nom-là vous fait sourire, parce que vos oreilles n’y sont pas faites, mais si vous étiez de notre province, vous l’écouteriez avec respect, parce qu’il vous rappellerait dix générations de vertus privées et publiques, d’honneur sans tache et de courage civil. Vous n’avez pas la prétention de croire que je romprai un mariage très-honorable et tout fait, pour courir les aventures avec un chevalier de l’imprévu !
ALFRED
En effet, pauvre femme ! vous vous êtes condamnée pour la vie à patauger mélancoliquement dans le prévu.
MADAME PÉRARD
Pourquoi me plaignez-vous, quand je ne me plains pas moi-même? Si vous êtes un galant homme, comme je le crois, et si vous tenez à justifier la sympathie de notre premier abord,