SCÈNE IX
alfred, couvant à elle.
Pardon, madame ! je vous ai fait peur?
MADAME PÉRARD
Vous n’êtes pas blessé ? quelle folie !
ALFRED
C’était le seul chemin qui ne fût pas gardé. Il y a des gendarmes dans toutes les plates-bandes.
MADAME PÉRARD
Kt vous n’avez pas eu peur?
ALFRED
Au contraire! hier, quand j’étais ici tout seul à vous admirer, quand vous vous promeniez làbas toute seule, quand il n’y avait personne entre nous pour m’empêcher de vous dire : je vous aime! une absurde timidité m’enchaînait dans mon coin. Maintenant que le monde entier s’efforce de nous séparer, ce déploiement de force armée, ces' obstacles, ces ennemis, ces tricornes m ont donné du courage, et me voici, madame, à vos genoux.
MADAME PÉRARD
Y songez-vous, monsieur? Mais je vous en prie ! vous me perdez ! on peut venir !
Qu’ils viennent tous ! que l’univers entier soit témoin de notre amour I
L’ASSASSIN
MADAME PÉRARD
En vérité, monsieur, je vous admire! vous ne me connaissez pas, je ne vous connais point, vous tombez ici comme un aérolithe, et dès le premier mot vous parlez de notre amour comme si nous avions gardé ensemble les moutons de Florian !
ALFRED
Je ne vous connais pas,dites-vous? Je ne vous connais pas? Eh bien! je vais vous dire ce que vous ôtes. Vous ôtes l’idéal! c’est-à-dire l’assemblage miraculeux de toutes les perfections que la nature a disséminées dans les êtres, et que l'art s’efforce de réunir. Vous êtes la majesté jointe à la grûce, la beauté plastique animée de tous les pétillements de l’esprit. Vous êtes l’invraisemblable dans la perfection, l’oiseau qui fleurit, la fleur qui chante.
MADAME PÉRARD
Voilà mon état civil bien établi, comme dirait l’autre. Et vous, monsieur, me ferez-vous l’honneur de me dire qui vous êtes ?
Moi, madame? Oh! pas grand’chose! Je suis l’imprévu! C’est moi qu’on attend, lorsqu’on n’attend personne. C’est moi qui entre dans la mai-