ACTE DEUXIÈME, PREMIÈRE PARTIE. 151 MARCELLE
Mon mari a dit que j'allais à Paris avec monsieur Philippe?
GÉRARD
A l'instant même.
MARCELLE
Mon mari n'a pas pu dire une chose pareille, vous aurez mal entendu. Mais quand j'irais à Paris avec monsieur Philippe?... Est-ce que, par hasard, vous seriez jaloux de lui?
GÉRARD
Non, quoiqu'on m'ait dit...
MARCELLE
Que vous a-t-on dit?
GÉRARD
Rien que j'aie cru.
MARCELLE
Mais qu'a-t-on pu vous dire?
GÉRARD
Tenez, Marcelle, ayez pitié de moi. Pensez-vous à ce que ce serait que d'être jaloux d'une femme dont on n'est pas le mari? Un mari, s'il est inquiet, n'a qu'à rester auprès de sa femme, il est maître de l'emmener avec lui où bon lui semble. Mais moi, non seulement je ne pourrais pas vous emmener, mais je ne pourrais pas aller avec vous. Je vous entrevois une heure, pas tous les jours, et le reste du temps, je ne sais pas ce que vous faite?, avec qui vous êtes. Oh! la jalousie
quand on ne vit pas ensemble! Coraprenez-vous ce supplice, douter, avoir la rage au cœur, courir haletant à votre porte, et ne pas pouvoir entrer, et le voir entrer, lui ! Ne m'exposez pas à cette souffrance. Vous m'avez fait bon, mais j'ai été mauvais autrefois. Vous êtes toute ma vertu; si je doutais de vous, je redeviendrais ce que j'étais.
MARCELLE
Si je vous trompais, je serais plus coupable qu'une autre, car je vous aurais d'abord trompé en me faisant passer à vos yeux pour une femme d'une loyauté incorruptible même à votre amour si grand et si généreux. Je vous mentirais deux fois, ce serait infâme. Je n'ai pas d'autre réponse à vous faire.
GÉRARD
J'ai tort, pardonnez-moi ce que je vous ai dit.
MARCELLE
C'est oublié. — Quant à M. Philippe, pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé plus tôt? Moi, avant vous, tout m'était indifférent, et, depuis vous, tout m'est agréable. Je ne remarque pas les autres, ils viennent ou ne viennent pas, que m'importe! Mon mari a je ne sais quel intérêt à ménager M. Philippe, il m'a demandé de l'accueillir amicalement, je l'ai fait pour lui et pour vous, je croyais M. Philippe votre ami. Puisque ce monsieur vous ennuie, rassurez-vous, il viendra moins souvent. Et il ne m'accompagnera pas cette nuit. J'ignore ce que mon mari a pu vous dire, vous aurez mal compris, vous m'aurez confondue avec une autre femme;