ACTE DEUXIÈME, PREMIÈRE PARTIE
JORGAN.
Ma chère Marcelle, je vous ai déjà dit que j'avais des raisons de ménager Philippe. Il s'apprête dans ce moment et il sera ici tout à l'heure. Je lui ferais un aflront d'un service que je lui ai demandé.
MARCELLE
Il fallait me consulter avant de disposer de moi.
J0RGA5.
Vous refusez?
MARC ELLE
Je refuse.
JORGAN.
Faites attention qu'il s'agit pour moi d'une chose sérieuse.
La chose sérieuse pour un mari, c'est l'honneur de sa femme.
JORGAN.
Vous êtes sûre que c'est pour votre honneur que vous refusez?
MARCELLE
Pourquoi serait-ce?
JORGAN.
Je vais le savoir.
MARCELLE
Comment?
JORGAN.
Depuis des mois, Philippe vient chez nous, vous l'accueillez gracieusement; aujourd'hui même, tout
à l'heure, vous étiez charmante avec lui; je vous laisse cinq minutes, et tout à coup, sans que vous l'ayez revu, son intimité vous compromet, il faut la rompre sar-le-champ, pas demain, ce soir. \oilà un changement bien rapide pour que vous n'y ayez pas été un peu aidée. Vous étiez prévenue de ce que j'allais vous demander, car, lorsque je vous ai dit que je n'irais pas avec vous, vous avez laissé échapper ce cri : « C'était donc vrai! » Quelqu'un vous avait parlé.
MARCELLE
Qui?
C'est ce que va me dire M. Bréhal.
MARCELLE
M. Bréhal?
JORGAN.
M. Gérard Bréhal. Je l'ai laissé ici, et, en revenant, je crois l'avoir vu qui s'éloignait. Si vous avez causé avec quelqu'un, il doit savoir avec qui. Je le lui ferai dire.
MARCELLE
Monsieur...
JORGAN.
C'est que si réellement vos scrupules vous avaient été inspirés, il y aurait doue quelqu'un qui choisirait les personnes qu'il me permettrait de recevoir chez moi. 11 y aurait quelqu'un qui, le jour où il lui passerait par la tête que mon ami intime lui déplaît, viendrait, et me ferait dire de chasser mon ami in-