ACTE TROISIÈME, SECONDE PARTIE
JORGAN.
Adieu.
GÉRARD
Je vous dis au revoir, et voilà deux fois que vous me dites adieu.
JORGAN.
Ai-je dit adieu? Je suis un peu troublé.
GÉRARD
Troublé?
JORGAN.
Après tout, qui peut être assez hardi pour dire au revoir? qui peut répondre que la main dont il étreint chaleureusement ce soir une main amie ne sera pas froide demain ?
GÉRARD
Serlez-vous à la veille d'un malheur?
JORGAN.
A la veille? non. Le vrai coup mortel, je l'ai reçu.
GÉRARD, à part.
Ah!
JORGAN.
Adieu.
GÉRARD, le retenant.
Je ne sais dans quel péril vous êtes, mais si vous avez besoin d'un second, me voici.
JORGAN.
Eh bien, puisque Dieu vous a amené, je vous
prends. (Il va déposer la boite sur le banc.) GÉRARD.
iNommez-moi votre ennemi.
JORGAN.
Jusqu'à ce soir, je l'ai cru mon meilleur ami. Oui, un homme en qui j'ai eu une confiance entière, m'a fait une de ces offenses après lesquelles il faut tuer ou mourir.
GÉRARD
Quelle offense?
JORGAN.
Oh ! c'est ce que je ne puis dire à personne, pas même à vous. Je vous demande d'être mon témoin.
GÉRARD
Sans connaître le sujet de la querelle?
Oui, sans le connaître. Vous irez i\ cet Iiomme. Vous lui direz que j'exige une réparation.
GÉRARD
Il me demandera pourquoi.
JORGAN.
Vous lui répondrez qu'il le sait.
GÉRARD
H me parlera comme à quelqu'un qui le sait aussi, et dès lors à quoi bon vous taire ?
JORGA.V.
Il se taira comme moi. Le misérable aura du moins cette pudeur.
GÉRARD
Il s'agit d'une femme?