ACTE TROISIÈME, SECONDE PARTIE. 197 GÉRARD
Je commence à endouter... Je vous ai dit que vous mentiez. Puisque j'ai vainement épuisé les paroles, je serai peut-être plus heureux avec ceci, {uiui jette son
gant au visage.)
MARCELLE
Ah!
PHILIPPE , éclatant.
A mort! tout de suite! devant une femme! Tout de suite! Des épées! des pistolets!
GÉRARD
En voici.
PHILIPPE
Les premiers témoins venus! Le garde suffira. Du sang! C'est moi maintenant qui en veux! Ah! j'en ai, de la rage amassée! A mort! A mort ! Allons!
MARCELLE
Vous n'irez pas! Gérard! Monsieur! Je ne veux pas! je ne veux pas! Gérard, je me cramponne à vous! vous me traînerez sur les genoux! "Vous ne croyez pas que je vais rester ici pendant que là-bas, à cause de moi, sans motif, sans l'ombre d'un motif!... — Au premier pas que vous faites, je crie, je réveille les gens, je dis que je suis votre maîtresse, vous me déshonorez !
GÉRARD
Mais vous ne pouvez pas espérer...
MARCELLE
Je n'espère rien. Vous ne partirez pas!
IMIILIPPK.
A moins d'clre insensée...
MARCELLE
Je suis insensée. Vous ne partirez pas!
PHILIPPE
Madame, vous devez comprendre que ce duel est inévitable. Il ne vous servirait à rien de le retarder de quelques instants.
MARCELLE
Ah! je sens que je deviens folle! Rien ne peut vous empêcher de vous battre?
GÉRARD ET PUILIPPE
Rien.
MARCELLE
Eh bien, que ce soit ici!
Devant vous!
MARCELLE
Devant moi.
PHILIPPE
Qu'y gagnerez-vous?
MARCELLE
D'en mourir!
GÉRARD
Vous le voulez?
MARCELLE
Oui, je le veux!
ACTE TROISIÈME SECONDE PARTIE. l'.iQ GÉRARD. Il va prendre les pislolets et les tend à Philippe.
Ces pistolets sont chargés. Choisissez. (PhUippe en prend un.) Celui quI vivra dira que nous nous sommes querellés sur les affaires de la maison. Madame nous aura entendus de son balcon et témoignera que c'était un duel et que le survivant a dû subir la volonté absolue de l'autre. — La distance?
PHILIPPE
Dix pas...
Ils se mettent à dix pas l'un de l'autre. GÉRARD.
Commandez le feu.
Feu!
Gérard lire. Philippe est blessé.
PHILIPPE
Au bras gauche. Le droit me reste!
MARCELLE, se jetant sur son bras.
Au secours! au meurtre! au secours!
GÉRARD
Ah! c'est donc pour moi qu'elle avait peur?
MARCELLE
Au secours! au secours! au secours!
GÉRARD
Heureusement alors que je vais mourir!
MARCELLE
Mourir! mais puisque tu me crois!
GÉRARD
Trop tard!
MARCELLE
Non! nVst-ce pas, monsieur?
PHILIPPE, se dégageant de son étreinle.
J'en ai trop enduré!
Eli bien... (se jelnnl sur la poitrine de Gérard.) Il me tUCra
avec toi.
GIÎRARD.
Je l'ai frappé au visage, j'ai tiré sur lui, ma vie lui appartient, aimes-tu mieux que je meure loin de toi?
MARCELLE
Ah! je suis épuisée.
GÉRARD
Adieu.
MARCELLE
Pas adieu. Va devant, je te suis.
GÉRARD, à Philippe.
Je suis prêt.
Am moment où Philippe va tirer, ses yeux sont attirés vers la grille du parc.
PHILIPPE, ù Gérard.
Répondez-moi vite. Le mari de madame vous a parle?
GÉRARD
Oui.
PHILIPPE
C'est lui qui vous a fait croire ce que vous avez cru?