ACTE PREMIER
la réveillerons, et, toujours en carriole, je la conduirai cliez sa tante. Et quand, demain, Brajoux y rentrera, penaud et piteux, la première personne qu'il y verra, ce sera elle, et la seconde, ce sera moi, qui lui dirai : Hein! est-ce drôle?
MAX
El cette jeune fille aura passé une nuit dans ta chambre, et, pour t'amuser un moment, tu auras compromis toute une vie!
Je te demande un service et tu me donnes un sermon !
MAX
Je ne me prêterai pas à un acte d'où peut résulter la perte d'une femme.
TIBURCE
D'abord, je fais précisément le contraire de la perdre, je la trouve. Et quand même je la compromettrais un peu? Je suis prêt à tout réparer par l'offre de ma main — gauche. Ne fronce pas tes beaux sourcils. Sais-tu pourquoi les parents de Biaise l'ont invitée à passer quelques semaines chez eux? Parce que, comme elle a quelque argent, ils rêvent de la faire épouser à leur fils. Eh bien ! tu le connais, ce Biaise? c'est le dernier des imbéciles.
MAX
Oui, mais prends garde ; ce n'est pas seulement un imbécile, c'est une brute. Il ne fait pas bon jouer des
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tours à cet animal. (Juand il est ivre surtout, il ne se connaît plus. Il a failli assommer l'an dernier Pierre Landr}-, qui lui avait gagné trop de parties à l'écarté.
TIBURCE
Tu me donnes deux raisons de plus de persister dans mon espièglerie. Elle serait d'autant plus amusante qu'elle serait plus dangereuse. Plus le taureau est méchant, plus le toréador a de plaisir à le piquer, à le harceler et à le vaincre.
MAX
Mais il arrive que le taureau éventre le toréador.
TIBURCE
C'est donc que le toréador est un maladroit. Et voici ma seconde raison. Tu dis que ce Brajoux n'est pas seulement une bête, mais une méchante bête. Et tu vas laisser cette chère petite inconnue devenir la femme de ce double butor! Ah! souhaite-lui donc d'être cent fois plutôt ma maîtresse! Où aimes-tu mieux voir une fleur, sous le sabot d'un paysan ou bien à la boutonnière d'un galant homme? Je cueillerais cette àme, après? Au moins, avant de mourir, elle aurait été resplrée, et son parfum n'aurait pas été perdu.
MAX
Une femme n'est pas une fleur qu'on cueille en passant et qu'on jette après l'avoir respirée. C'est une plante vivace et profonde dont les racines se confondent avec les fibres de noire cœur et que nous n'en saurions arracher sans mourir avec elle.