‹ Théâtre inéditChapitre 138 sur 246 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

T IBURCE.

Tiens, tu es tellement absurde — que je voudrais être très riche! Je devrais être dans ta peau et toi dans la mienne. Moi que les misérables toiles d'araignée des conventions vulgaires n'arrêtent pas, je suis le fils d'un intendant. Toi qui as toutes les ignominieuses vertus d'un bourgeois, tu es fils d'un duc. Quelle erreur de la Providence! A quoi cela te sert-il d'être ce que tu es? J'excepte ton argent; tu l'emploies intelligemment. A payer mes dettes. Je t'amnistie de ce côté. Mais ton nom, qu'est-ce que tu en fais? Tu t'appellerais comme moi Tiburce Bue — pourquoi pas Bouc ? — tu ne t'apercevra's pas de la différence. Moi, si j'avais ton nom, je l'utiliserais. Ah! quelles dettes j'en ferais! Et les femmes, quel miroir pour elles qu'un nom qui reluit ! Quels ravages ! Quelles fureurs des maris, des frères, des pères ! Dettes et duels, voilà comment je comprends la vie. Oh ! je dois avoir du sang de noble dans les veines. JN'est-ce pas, ma mère? Il y a des instants où j'ai comme des ressouvenirs d'une existence antérieure où j'aurais été riche et puissant. Dépossédé, pour je ne sais quelle faute, de ce paradis d'orgie et de débauche auquel remontent tous mes instincts, je me sens expatrié dans l'honnêteté roturière. Les vrais fruits sont les fruits défendus. Si j'avais été dans l'éden, je n'aurais mangé que des pommes. Toi qui pourrais tout ce que je rêve, tu vis grave et respectable, tu aimes lire, tu n'es jamais d'une partie, tu n'as jamais eu de maîtresse. A ton âge ! Ah ! si j'étais

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