ACTE PREMIER
MAX
Que veux-tu dire?
TIBDRCE.
Je veux dire que, si tu refuses de me la garder, eh bien, au lieu de l'amener ici, je la conduirai directement chez sa tanie. Je te rappelle que c'est quatre lieues à faire, la nuit. Et il y a la forêt à traverser.
Tu irais jusque-là?
TIBURCE
Il dépend de toi que je reste ici. Vois-tu, je ne la connais pas, mais je suis sûr qu'elle ressemble énormément à ma maîtresse quand on n'y voit goutte. Je suis capable de m'y tromper. Prends garde qu'il ne se passe des choses que la pudeur hésite à raconter. Aide-moi, dans son intérêt à elle. Tu ne participeras pas au mensonge, tu ne parleras pas, veux-tu que je lui dise que tu es muet? S'il en résulte plus tard ce que tu crains, je te promets de la rendre très heureuse. Tout ce qu'elle pourra souhaiter, elle l'aura. Je lui donnerai trop de bijoux. J'y dépenserai tout ton argent. Il te sera même permis de demander à ton père de me doubler ta pension. Est-ce dit? Tiens, je te fais une concession. On a écrit aux parents de Brajoux que Cécile était très jolie. Mais ce n'est peutêtre pas vrai. Il est possible qu'elle soit laide. Si c'est un monstre, je la respecte et je la conduis pieusement à Saint-Privat. Tu vois que je fais pour toi tout ce que je peux. Mais cède quelque chose aussi, toi.
214 NOËL
Si tu t'obstines, ta protégée est risquée. Je te demande ton aidf au nom de la sainte morale.
MAX
Tu es bien décidé?
TIBURCE
A quoi?
MAX
D'abord, à braver ce rustre ?
TIBURCE
Je te dis que tu me tentes.
MAX
Puis à compromettre cette jeune fille?
TIBURCE
Je l'emmène aux Saules. A quatre lieues, la nuit, seul avec elle, à travers la forêt.
MAX
Amène-la ici.
TlBUIiCE.
A la bonne lieure! Tu te ranges. — Sois ici dès que la nuit sera tombée. Je te l'amènerai par cette porte. Tu la mettras dans ma chambre, ou dans la tienne, si tu le préfères. Seulement, si c'est dans la tienne, n'y reste pas! (t.c duc pamit sur ic perron. -PuisNoëi.) Ton père ! Et le mien! Chut! viens un peu, que nous n'ayons l'air de rien. |ii sort avec Max.)