SCÈNE II
NOËL, LE DUC
LE DDC.
Ainsi, tu vas aller à Romorantin prendre ton papier chez ton notaire.
NOËL
Parlez moins haut.
LE DUC
Pourquoi? puisque ce sera public demain! Donc, tu vas aller à Romorantin. Moi, je vais aller à Vierzon. Nous serons de retour tous deux demain matin. Et à midi, devant le bailli de Chabris, nous ouvrirons les deux papiers.
NOËL
C'est bien, monseigneur.
LE DUC
Tu semblés triste.
NOËL
Moi, monseigneur?
Oui, je ne te retrouve pas comme les autres fois. Tu devais pourtant être préparé à ce jour. — Crainstu la justice? Ne suis-je pas là? Ce que tu as fait, ne l'avons-nous pas fait ensemble? J'ai quelque crédit, et je vais en avoir davantage. Et d'ailleurs, ce que nous avons fait, nous l'avons fait dans une bonne
•2ir. NOÉL.
intention. 0"e voulions-nous tous deux? Le bien de nos enfants. Je ne dis pas que si c'était à refaire, je recommencerais. Ali! je suis bien revenu de mes idées d'alors! Mais alors toutes les philosophies récentes me travaillaient la tête. On ne parlait dans tous les livres et dans tous les salons que de l'éducation des enfants. Chacun avait son système. J'ai eu le mien. Je me suis imaginé qu'il pourrait être bon à mon fils d'être élevé comme le premier venu, d'ignorer la hauteur de sa naissance, de croire n'être que ce qu'il se ferait. Ta femme nourri.ssait ton fils et le mien, nés presque le même jour tous deux. Je t'ai proposé de changer avec moi pour vingt ans. Tu as vu là vingt ans de richesse et de fierté pour ton fils, sans compter ce que je lui devrais toute sa vie. Tu as accepté. La mort de ma femme a rendu la substitution plus facile. Nous avons donc agi pour leur bien à tous deux. Qu'aurait-on à nous reprocher? Ce n'était pas une suppression d'état, ce n'était qu'un ajournement. Puis, qui le saura? Un bailli de village et des domestiques, qui resteront ici. Max ni Tiburce ne sont jamais allés à Paris. Et tout se saurait, qu'importe? Je te répète que je vais être dans une situation où il serait difficile de me nuire. Tu n'as rien à craindre de la justice. Je te couvre.
NOËL
Je ne crains rien de la justice.
LE DUC
De qui cralns-tu alors? De ton fils? Si tu redoutes le premier moment, veux-iu que je lui parle?