SCENE IV
MAX, NOÈL.
MAX, entrant.
J'ai préparé ma chambre. Elle y sera plus en sûreté qu'ailleurs.
Monsieur le marquis, voulez-vous me permettre une question?
MAX
Laquelle?
NOËL
Tout à l'heure, à celte même place, vous causiez avec Tiburoe de choses qui paraissaient vous intéresser tous deux vivement. Ce n'était pas de choses que le duc lui eût dites?
MAX
Ohl le duc n'est pour rien là-dedans.
NOËL
Tiburce ne vous a pas dit que votre père lui eût parlé?
MAX
Parlé de quoi?
NOËL
Je ne sais pas. D'un changement dans sa destinée.
MAX
Mon père n'est arrivé qu'il y a quelques heures. 11 n'a fait qu'entrevoir Tiburce. J'étais là. Ils ont échangé quelques mots insignifiants. Quel changement?
NOËL
Et vous, le duc ne vous a rien dit?
Rien. Que craignez-vous qu'il ait pu me dire?
NOËL
Il a été avec vous comme les autres fois?
MAX
Pourquoi aurait-il été différent?
NOËL
Vous ne vous doutez pas de ce qui l'amène?
MAX
Qu'est-ce donc qui l'amène?
NOËL
Je ne sais pas.
MAX
Vous semblez préoccupé. Vous parliez d'un changement de destinée pour Tiburce. Et ce changement vous inquiète. Ce serait donc un changement en mal? Comment serait-ce possible? Est-ce que je ne
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suis pas là? Est-ce que nous n'avons pas été élevés ensemble? Est-ce que nous ne sommes pas frères? Est-ce qu'il n'est pas moi et que je ne suis pas lui?
NOËL
Si cela pouvait durer!
MAX
Mais cela durera! Qui voulez-vous qui y change quelque chose?
NOËL
Personne ! — Ne faites pas attention à mes paroles. Vous savez que je suis quelquefois un peu bizarre. Il y avait plusieurs années que le duc n'était venu. Son arrivée brusque et le changement de saison, cette journée de printemps, j'ai je ne sais quoi qui me tourbillonne dans la tète.
MAX
J'ignore ce que mon père a pu vous dire, mais soyez sûr qu'il y aura toujours en moi un frère pour Tiburce et pour vous un fils.
NOËL
Je ne veux pas que vous soyez mon fils, aisort.i