‹ Théâtre inéditChapitre 204 sur 246 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Seigneur et l'autre serf? l'un banquier, regorgeant De beaux habits, de gants, et de chaînes d'argent. L'autre ouvrier sans pain? Où donc est la justice? Moi, je veux qu'entre tous l'argent se répartisse, Je veux être puissant, et surtout être aimé! Oh! une jeune fille au doux front allumé Qui vient sur vos genoux, et qui sur vous se penche, Et qui dans vos cheveux égare sa main blanche Tandis que vous ôtez tout bas son brodequin, Et qui vous dit : Requin! mon beau petit Requin!

FIAT LUX

Donc, c'est l'égalité que ton ennui demande Et lu veux que tout monte?

A la femme.

Et toi?

l'envie.

Que tout descende !

Je hais les grands, les forts, les beaux fils à gants frais, Les riches, les heureux enfin, — et j'en ferais? Non! — Je hais la beauté, la puissance, la gloire. L'orgueil, et je veux tout jeter dans la nuit noire! On m'appelle l'Envie. Après? soit. Eh bien, oui, Je le dis, mon malheur, c'est le bonheur d'autrui. La misère publique est ma joie exécrable. Qu'y puis-je? Je suis née ainsi. Ce misérable Est né pauvre d'argent, moi pauvre de vertu ; Tu le plains, pourquoi donc alors me blâmes-tu? Si j'avais pu choisir, je ne serais pas née. Oui, j'ai l'âme mauvaise, et j'en suis indignée. Et je trouve que c'est l'immense iniquité

318 LliS MOTS.

Du sort que je maudis. Belle inégalité,

Quelques liards de plus ou de moins dans la bourse!

Ahl l'inégalité profonde et suns ressource,

C'est celle des méchants et des bons. Puisqu'il a

Semblé juste au Destin que je fusse cela,

Je le suis donc! A moi, destruction, ruine,

Le fer, l'ombre, la mort!— J'ai mal à la poitrine;

Un médecin voulait me soigner l'autre été.

Médecin, guéris-moi d'abord de ta santé!

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