ACTE PREMIER
Ainsi, je troublais tout par mon ennui jaloux; Ainsi plus d'une fois j'ai fait rater « les clous » Des auteurs insolents dont le dédain infâme Me laissait comme un pauvre à la porte du drame. Mais l'auteur de ce soir me met du fard aussi, Et m'habille, et me fait parler en vers, ainsi Qu'un véritable acte.
Afi ! c'est le moins qu'on me doive ! Poètes! il est temps enfin qu'on s'aperçoive Du rôle que je joue. Eh bien, c'est le premier! Le théâtre n'est pas un jeu de costumier. Un éclair vite éteint dans la nuit plus livide. Un claquement de phrase, un amusement vide. Qui, l'acte terminé, s'arrête brusquement, Et la pièce n'est pas finie au dénouement. Le spectateur, après que la toile est baissée, Voit l'acte repasser au fond de sa pensée. Et le regarde, et songe, et je lui montre alors Dans l'action, ainsi que l'âme dans le corps. Une haute leçon gravement accoudée; L'acte sème le fait, je récolte l'idée.
Pourquoi, ce que je fais sous vos noms tous les soirs
Dans la stalle pensive ou bien dans les couloirs
Où la discussion s'exaspère et résonne.
Ne le ferais-je pas une fois en personne?
J'ai ce soir un auteur qui me comprend! Aussi,
0 public, je me sens tout à fait radouci.
Et je commenterai l'œuvre avec gentillesse.
On frappe pour le second acte.
Je pars. Quand nous aurons assez vu de la pièce Pour comprendre déjà ce qu'elle veut de nous, Je viendrai, s'il vous plaît, en causer avec vous.
L'Eotr'acte sort.