‹ Théâtre inéditChapitre 232 sur 246 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Que la robe n'est pas pour l'esprit un linceul, Et que l'homme n'a pas le ciel à lui tout seul, Et que le grand excès, qui mérite son blâme. Contient l'égalité de l'homme et de la femme. Aristophane hait les sophistes, c'est bien. Un jour, il en prend un et, sans écouter rien. Soufflette à mort ce drôle et sa faconde ingrate. Et le bàtonne, et rit. Ce sophiste est Socrate.

De pareilles leçons tombant de ces hauteurs Nous avertissent tous, auteurs et spectateurs. Aussi, lorsque, sachant comme c'est enose saine Qu'un bon rire triplé par l'écho de la scène, Un poète traduit les travers existants, Avant de condamner il réfléchit longtemps. Et tout en fustigeant la surface baroque De plus d'une utopie et l'absurde défroque Dont maint tailleur du monde au Temple renommé Affuble l'avenir, grotesque et déformé, — Il dégage, selon sa tâche solennelle, Des faits momentanés la pensée éternelle. Jusque dans ses soufflets aux systèmes menteurs. Il garde le respect qu'on doit aux novateurs. Par moments, il regarde avec mélancolie Ces chimères qu'il raille, et jamais il n'oublie Que ces tâtonnements pleins de vertige humain, Sinon rinteiligence, ont l'instinct de demain; Que, dans l'inquiétude à tout homme prescrite, Si trouver est l'honneur, chercher est le mérite; Et que le plus souvent ces rêves insensés Demandent trop afin qu'on leur accorde assez.

Rien n'est absolument insensé. Prends la lie

Du crétinisme humain, la plus noire folie,

Le vertige ébloui, le mensonge effronté,

Plonge! tu trouveras au fond la vérité.

— Le faux qui tout à coup comme vrai se révèle,

Ce serait là sans doute une pièce nouvelle!

Et c'est peut-être là ce qu'ébauche l'auteur.

Cela commencerait par le rire insulteur.

Mais la réflexion à l'action fantasque

Bientôt arracherait le rire comme un masque.

Et des contorsions du bouffon convulsif

Ferait sortir le front du poète pensif.

Absent jusqu'à ce jour de la pièce qui l'aime,

Le bien se montrerait et serait le mal même,

Et le sarcasme amer, prêt à tout déchirer.

Soudain serait surpris et ravi d'admirer!

Ah! que la comédie une fois applaudisse!

Que, voyant le profit après le préjudice,

Et ce que font germer tous ces excès humains,

Elle jette son fouet pour leur battre des mains

Et devant ceux qu'ont trop fait saigner ses morsures

S'agenouille, et se mette à baiser leurs blessures!

Adieu. Le régisseur va frapper les trois coups. J'ai dit ce que l'auteur a rêvé. C'est à vous, Public, — mais attendez que la pièce s'achève — D'apprécier s'il a réalisé son rêve.

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