ACTE III, SCENE IV
Eh bien ?
SIRENE.
Deux enfants amoureux, Tour peu que l’amour les inspire ,
Sont plus habiles que nous deux.
Non, non , deux enfants amoureux Ne renversent point un empire.
Oui, oui, deux enfants amoureux Sont plus habiles que nous deux.
Je dois tout confier à votre zele extrême. Apprenez un secret qui doit vous rassurer :
Nul mortel dans la tour ne peut jamais entrer, S’il n’est introduit par moi-même.
Eh quoi ! vous seul pouvez ouvrir...
Moi seul. Je ne crains rien.
Et vous devez frémir.
Comment ?
En arrivant dans ces lieux, tout-à-l’heufi j J’ai découvert un jeune homme bien fait.
Qui mesuroit, d’un coup-d’œil inquiet,
La hauteur de cette demeure.
De cette tour ?
Oui, seigneur, je l’ai vu*
Il tenoit dans ses mains une fléché brillante,
Et son arc à ses pieds étoit déjà tendu :
Sa marche paroissoit incertaine et tremblante; il évitoit d’être apperçu ,
Et des pleurs baignoient sa paupière.
Enfin, se croyant seul, il tire de son sein Un billet qu’il attache à sa fléché légère ;
Il couvre de baisers cette lettre si chere.
Puis il reprend son arc , et, d’une adroite main,
Il y pose ce trait , sa derniere espérance ;
Leve les yeux , et vise au plus haut de la tour,
Pour y lancer la lettre de l’amour.
La fléché alloit voler... j’ai paru : ma présence