ACTE I, SCENE VI. îtf
LA FÉE
Oui , mes filles, j’ai su que votre jeune cœur Auroit à m’avouer quelque tendre foiblesse :
Je me suis mise en route ; et , malgré ma vieillesse > Le désir de vous voir m’a rendu ma vigueur.
VERMEILLE
Asseyez-vous : voici le fauteuil de ma mere ;
Nous croyons la revoir.
LA FÉE
Elle m’étoit bien chere ,
Et je pleure encor son trépas. ( Elle s'assied. ) Venez donc m’embrasser : je vous trouve embellies;
Tant mieux , j’aime à vous voir jolies.
L’amitié fait jouir des biens que l’on n’a pas.
Ne songez qu’à m’aimer ; moi, par ma vigilance.
Je saurai du malheur détourner les effets.
Nous aurons deux emplois: vous, la recontioissancc; Et moi, le doux soin des bienfaits.
Le seul plaisir de mon âge.
C’est de rendre heureux mes enfants;
Leur bonheur me dédommage De la perte de mes beaux ans.
Le temps à mon cœur n’ôte rien , Je le sens à ma tendresse ;
Je crois retrouver ma jeunesse Lorsque je peux faire du bien.
VERMEILLE
Aimez-nous donc beaucoup pour plutôt rajeunir. LA FÉE.
Ah ! je n’ai pas cessé de vous chérir.
Lorsque j’élevai votre enfance ,
Je vous donnai des vertus, de l’esprit,
Présent plus cher que l’opulence ,
Mais qui ne suffit pas ; car l’esprit , sans prudence. Au delà du vrai but trop souvent nous conduit. Enfin , voici l’instant d’assurer pour la vie Et l’état et le sort que votre cœur envie :
Ne m’interrompez point, je vais vous en parler... Je bavarde un peu trop , je le sens bien moi-même j Mais je suis vieille et je vous aime ,
Et voilà deux raisonspourbeaucoupbabiller.
Comptez sur le respect...
VERMEILLE
Comptez sur la tendresse