‹ Theatre italien de M. de FlorianChapitre 12 sur 113 · ARLEQUIN, SCAPIN · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, SCAPIN

(Ils se regardent sans rien dire. )

ARLEQUIN

Que veut dire tout ceci? D’où vient que je n’ai plus mon billet, que tu l’as, toi, et qu’à propos de rien Argentine me traite comme cela?

SCAPIN

Je n’en sais rien , mon ami. Argentine m’a donné elle-même ce billet , en me disant que c’étoit moi qu’elle vouloit épouser.

ARLEQUIN

Mais ce billet est à moi; je le re*connois bien : il est presque tout effacé, tant nous nous étions embrassés. Comment Argentine a-t-elle pu

42 LES DEUX BILLETS, l’avoir? Elle m’a fait entendre que j’aîmois Violette ; moi qui n’ai jamais rien aimé dans le monde qu’ Argentine! Suisje assez malheureux! Ah!

je le disois bien ce matin, que j’étois trop heureux : cela ne pouvoit pas durer, Tu vas donc l’épouser, toi?

Mais oui, puisqu’elle le veut.

Tiens, je te conseille de t’en aller; car je pourrois fort bien te rosser de maniéré à retarder ton mariage. Tout ceci n’est peut-être qu’une fripponnerie de ta part : je l’avois dans ma poche, ce billet, et tu me l’as peut-être volé,

Ah! mon ami, que tu me connois mal ! tu avois dans la même poche un billet de loterie qui vaut dix mille

SCENE VI. 43 éciis ; assurément j’aurois pris celui-là si j’avois pu te voler.

ARLEQUIN

Plut à Dieu que l’on me l’eût pris et qu’on m’eût laissé ma lettre ! Que deviendrai-je à présent? Elle ne m’aime plus , elle va en épouser un autre. (Il pleure. ) Ah ! ah ! je vais être toutseul dans le monde. Allons, il faut tâcher de mourir avant que le mariage soit fait. (Il pie ure. )

Tu me fais pitié , mon ami , et mon attachement pour toi l’emporte sur mon amour. Ecoute : Argentine a promis d’épouser celui qui lui rapporteroit son billet : je l’ai , ce billet ; je te le donnerai , si tu veux me donner celui de la loterie.

ARLEQUIN

Donne , donne vite ; tiens , le voilà :

44 LES DEUX BILLETS, de ma vie je n’ai fait une si bonne affaire.

Ni moi non plus.

( Ils changent de billet. ) ARLEQUIN, s’adressant à celui d’Argentine.

Ah ! vous revoilà donc , monsieur !

et pourquoi m’avez-vous quitté? Petit ingrat , petit étourdi , parlez, irez-vous encore courir le monde? Irez-vous encore vous mettre prisonnier chez les arabes , afin que je paie votre rançon ? Ne vous en avisez plus ; car je n’ai plus rien. Allons, je veux bien vous pardonner vos fredaines ; embrassonsnous, (Il le baise.) et que tout soit fini, s c A P I N.

Ah çà , le billet est à moi?

ARLEQUIN

Eh! sans doute; c’est dit cela. Je l’ai donné un billet au porteur, tu m’as

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