ARGENTINE, SC AFIN, ARLEQUIN
ARLEQUIN, sans voir Argentine.
Le diable t’emporte avec ta porte jaune! J’ai frappé à toutes les portes jaunes et à toutes les portes à droite, jamais je n’ai pu trouver un Directeur. Viens me conduire toi-même....
(Il apperçoit Argentine. ) Ah! la VOilà. J’ai
36 LES DEUX BILLETS, tout plein de choses à vous dire , mais quand je vous vois je ne m‘en souviens plus : quand je suis loin devons, elles reviennent si vite que cela m’étouffe ; je crois que je n’aurai qu’un moyen pour m’en souvenir, c’est de vous regarder les yeux fermés , car autrement il m’est impossible de penser à autre chose qu’à vous voir. (ÀScapin.) Vat’en, toi, tu nous gênes.
ARGENTINE
Non , il peut rester ; il ne me gênera pas.
Après la maniéré dont mademoiselle s’est expliquée sur ton compte, après les assurances par écrit qu’elle t’a données de sa tendresse , il me semble que rien ne doit te gêner.
ARLEQUIN, bas à Argentine.
Vous lui avez donc tout conté?....
Hé! . vous lui avez tout dit? .
(Scapin rit.) Il a l’air de se douter de quelque chose. Monsieur Scapin , expliquons-nous, je vous en prie; vous aimez mademoiselle Argentine, n’estil pas vrai?
SCAPIN
Sans doute, je l’aime : elle le sait bien.
ARLEQUIN
Eh bien ! moi , je l’aime aussi ; et je n’aime pas qu’on l’aime. Ainsi, puisque nous voilà devant elle , elle va nous dire quel est celui de nous deux qui lui a le plus plu ; à condition que l’autre se retirera sans bruit, et ne traversera plus l’heureux qu’elle aura choisi : y consentez-vous , monsieur Scapin ?
SCAPIN
Touchez là , monsieur Arlequin.
Souvenez-vous de ce que vous dites :
mademoiselle va choisir ; et celui
38 LES DEUX BILLETS, qu’elle refusera n’aura plus la moindre prétention.
De tout mon cœur. (Il rit. ) Oh ! qu’il est bête !
Allons, mademoiselle, vous venez d’entendre nos conventions ; c’est à vous à nous j^-iger.
Oui, c’est à vous à nous juger.
(À part.) Oh! la bestiasse!
ARGENTINE, à part.
Je serai malheureuse ; mais je veux me venger.
Eh bien ! mademoiselle?
ARGENTINE
Eh bien ! je vais m’expliquer : mon choix est fait depuis long- temps ; je l’ai même écrit à celui que j’ai choisi : celui de vous deux qui a un billet de
moi n’a qu’à me le montrer, je lui donne ma main.
ARLEQUIN
C’est clair cela. ( Scapin fouille dans sa poche.) Oui, cherche, cherche, tu le trouveras... Le voici, ce billet, (Tl tLe le billet de loterie. ) le voici : ainsi , monsieur Scapin, adieu, on n’aura plus l’honneur de vous revoir.
ARGENTINE, vivement.
Voyons... C’est un billet de loterie.
ARLEQUIN
Ah oui 1 Vous ne savez pas , le bonheur m’a écrasé aujourd’hui; j’ai gagné. . . Mais où diable ai-je donc fourré mon autre billet? Celui-là n’est pas le meilleur. L’aurois-je perdu?
SCAPIN
C’est peut-être moi qui l’ai trouvé.
Tenez , mademoiselle , voilà un billet que je crois de vous.
4o LES DEUX BILLETS.
ARGENTINE Kt.
fc Sois tranquille, mon bon ami.»
ARLEQUIN
Ah ! c’est le mien qu’on m’a volé.
ARGENTINE
Qu’on t’a volé! Tu crois donc me tromper jusqu’au dernier moment ?
non, traître , je te connois. Va chez Violette , va lui porter mes lettres , lui dire que tu me sacrifies à elle; et reviens ensuite me jurer que tu m’adores : ose y revenir , me parler , me regarder seulement; traître, scélérat, lu m’as trompée, mais tu ne m’abuseras plus, et ma vengeance ne s’en tiendra pas là. Et vous, Scapin , gardez ce billet; j’ai promis ma main à celui qui en seroit possesseur, je tiendrai ma parole, vous pouvez y compter.
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