SCENE I I L 75 «ela même vous oblige d’être prudente pour nous deux
Je le serai, ma chere amie, et j’ai grand besoin de l’être ; car enfin , il faut t’avouer que je porte dans mon sein un gage de mon amour.
ARGENTINE
Je n’ose m’en réjouir; et si tout le monde le savoit , j’en pleurerois de joie.
Je te demande un dernier service.
Lélio doit être arrivé : je suis sûre que son impatience va lui faire tout hasarder pour me voir : va le trouver, va lui dire que je le supplie , que je lui ordonne de ne pas sortir de chez lui avant qu’il ait reçu de mes nouvelles Cela est important pour le succès de mes projets. Tu lui diras que je souffre autant que lui de ne pas le voir; qu«
76 LE BON MÉNAGE, je l’aime plus que ma vie ; que. . . . -
ARGENTINE
Oui, oui, mademoiselle; avant de lui dire ce que vous voulez qu’il sache, je lui dirai tout ce qu’il sait. Je comprends cela à merveille ; dès que mon mari sera rentré, j’irai parler à M.
Lélio.
J’ai encore une priere à te faire.
Mon pere est dans l’usage de me donner, pour en disposer à ma volonté, le vingtième de tous les profits un peu considérables qu’il fait dans son commerce. Il vient de gagner cent mille éciis ; etce matin ihn’a apportéquinze mille francs dont je suis maîtresse absolue. Tu ne devines pas ce que j’en veux faire?
ARGENTINE
Non.