SCENE IX
ARLEQUIN
Volontiers ; aussi-bien nous nous ennuyons quand elle nous laisse seuls ; cda nous fera passer le temps. Allons , aseyons-nous. (Il s’assied parterre, et fait asseoir un enfant sur chacune de ses jambes ; les derx petits garçons écoutent attentivement. ) Il y ivoit une fois un roi et une reine qui s’âmoient beaucoup, et que tout le
inonde aimoit . Ceci n’est pas un
conte, au moins.
LE CADET
Oh ! nous vous croyons bien, mon ppa.
Nous vous croyons comme si nous le voyions.
ARLEQUIN
La reine étoit aussi belle que le roi etoitbon; mais ils n’avoientpointd’enfants, et cela leur faisoit du chagrin. Un jour que la reine étoit toute seule
po LE BON MÉNAGE, dans sa chambre, elle entenditdu bru’E dans la cheminée. (Les enfants se seneit contre leur papa, qui retire aussi ses jambes, et continue avec la voix moins assurée.) La reite eut un peu peur : elle regarde , et voit descendre un beau petit carosse, traire par six petits épagneuls verds avec fes oreilles lilas. Dans le petit carosseétcit une petite vieille fée qui n’avoit pas rn pied de haut, et qui dit à la reine:
Madame la reine , vous aurez un erfaut, si vous voulez consentir à devenir laide et vieille. Pourvu que mon mari m’aime toujours , répondit li reine, j’y consens de tout mon cœur.
Je suis contente de vous, répondit la petite fée ; non seulement vous aurez, un enfant, mais vous en aurez deux, et vous n’en serez que plus belle. Après cette parole, les six petits épagneuls verds remontèrent la cheminée ventre à terre, et la reine eut effectivement
SCENE IX. 9* un beau petit prince et une belle petite princesse qui furent charmants, parcequ’ils ressembleren t à leur mere.
Ah ! mon papa , voilà une bien jolie histoire ; mais elle est bien courte : vous devriez nous en raconter une autre.
LE CADET
Oh! oui, mon papa, encore une, s’il vous plaît.
ARLEQUIN
Un moment. Je vous ai donné il n’y a pas long-temps un petit livre tout rempli d’histoires : tu m’avois promis d’en apprendre quelqu’une par cœur ; m’as-tu tenu parole?
Oui, mon papa, j’en ai appris une bien belle.
ARLEQUIN
Je crois que tu mens , car tu rougis.
Non , mon papa , et je vais vous la raconter si vous voulez.
ARLEQUIN
A la bonne heure. Tant que vous serez des enfants, mon métier est de vous amuser; mais quand la vieillesse m’aura rendu enfant aussi, il faudra que vous m’amusiez à votre tour. Voilà pourquoi vous devez vous y accoutumer de bonne heure. Voyons cette histoire.
Ecoutez bien , mon frere. Il y avoit une fois deuxpetitsgarçons, jolis, jolis comme .
ARLEQUIN
Comme vous deux.
l’a î n li.
Encore plus jolis que nous.
ARLEQUIN
C’est un peu fort.