‹ Theatre italien de M. de FlorianChapitre 54 sur 113 · CLÉANTE, NÉRINE · texte numérisé non relu

CLÉANTE, NÉRINE

Je ne vous comprends pas, monsieur Cléante; quand toute la maison est dans la joie , quand nous sommes tous occupés de la fête que monsieur Arlequin notre maître donne à sa fille mademoiselle Nisida , vous , que votre esprit et vos talents peuvent si bien servir dans cette occasion, vous paroissez plus triste que jamais.

î32 le bon PERE.

J’ai sujet de l’être , ma chere Nérine , je viens de recevoir des nouvelles très affligeantes.

NARINE

De qui ?

De mon régiment.

NARINE

Mais contez-moi donc tout cela î ne suis-je plus votre confidente? Avezvous oublié que c’est moi seule qui vous ai fait entrer dans cette maison , que sans moi vous n’auriez jamais pu parler à mademoiselle Nisida? Ce n’est pas pour vous reprocher mes bienfaits que je vous les rappelle ; mais puisque je n’ai rien négligé pour votre bon»

heur, j’ai le droit de partager vos peines.

J’ai toujours présent à ma mémoire

SCENE L îS3 tout ce que tu fis pour moi. Sans ton amitié, sans ton adresse, je n’aurois pas revu Nisida depuis le jour où, pour la première fois , je i’apperçus à la promenade. Ce seul moment lui livra mon cœur. Tous mes efforts, foutes mes tentatives pour m’introduire ici furent inutiles: toi seule eus pitié de moi; tu daignas protéger cet amour si tendre, si pur, qui ne finira qu’avec mes jours ; tu fus la première à me travestir et à me présenter pour secrétaire à ton maître monsieur Arlequin.

Depuis six mois je jouis du bonheur inexprimable de vivre, de respirer auprès de celle que j’adore, de la voir tous les jours, de lui parler quelquefois. Elle ne se doute pas que je l’aime et que je suis digne de l’aimer : n’importe, j’étois heureux , je bénissois mon sort; une lettre que je reçois de

î34 le bon PERE, mon colonel vient détruire cette illusion.

Que vous écrit ce colonel?

Tu sais que depuis trois mois j’ai reçu l’ordre de retourner au régiment ; je n’ai pu m’y résoudre: et mon colonel, qui s’intéresse véritablement à moi , a découvert , je ne sais comment, que j’étois dans la maison de monsieur Arlequin sur le pied d’un secrétaire, d’un domestique, tranchons le mot; et que j’oubliois tous me-s devoirs pour un fol amour qui ne peutêtre heureux.

Il vient de m’écrire, avec toute la sévéritéd’un chef et toute la vivacité d’un ami, que, si je n’ai pas rejoint dans huit jours , il fera nommer à ma compagnie.

Eh bien ! qu’il y nomme. Votre com-

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