‹ Theatre italien de M. de FlorianChapitre 55 sur 113 · SCENE L · texte numérisé non relu

SCENE L

pagnie la plus cliere, c’est nous ; et votre premier colonel, c’est mademoiselle Nisida. Je ne m’y connois pas, moi; mais il me semble qu’il vaut bien autant être le mari d’une demoiselle jeune, charmante, riche, aimable, que d’être capitaine de cavalerie.

Tu parles toujours de mariage, Nérine , et tu ne veux pas comprendre qu’il est presque impossible que j’épouse mademoiselle Nisida,

La raison, s’il vous plaît? On épouse tout le monde, excepté sa sœur, c L É A N T E.

Je te l’ai dite cent fois. Nisida est jeune, belle, aimable, fille unique d’un pere très riche : et moi, militaire obscur, sans fortune, presque sans nom, car le sort, qui m’a poursuivi dès le berceau , me défend d’oser porter le

336 LE BON PERE, nom de mou pere ; moi , destiné à vieillir dans un régiment, ou à trouver la mort à la guerre , j’ose aimer Nisida , je me travestis , je me dégrade, je vais perdre pour elle le seul bien que je possédé, le seul qui me fait vivre, mon état : et quand il ne me restera plus rien dans le monde que pion amour , comment oser le déclarer à celle qui pourroit croire que c’est sa fortune que j’aime?

J’approuve cette délicatesse , sans voiries choses comme vous les voyez.

Mademoiselle Nisida est assurément tout ce que vous avez dit; mais vous, monsieur Cléante, vous n’êtes pas si fort au-dessous d’elle. D’abord, pour les qualités et les agréments, sans vous flatter , vous vous ressemblez beaucoup. Je sais que ce petit article, qui fait tout dans le mariage, est compté

SCENE I. 13/ pour lien dans le contrat : mais monsieur Arlequin, le pere de mademoiselle Nisida, convient lui-même qu’il n’est qu’un simple bourgeois d’une petite ville d’Italie, et qu’il ne possédé ses richesses que par un hasard singulier. Vous êtes un homme de condition , capitaine de cavalerie à vingt ans, aimé, considéré de tous ceux qui vous connoissent; jamais votre réputation n’a été effleurée parla moindre étourderie...

A celajen’aipointdemérite; quand on est pauvre , on n’a que la ressource d’être sage.

Cela peut être; mais bien des gens ignorent leurs ressources. La fortune est donc la seule qui ne vous ait pas bien traité; c’est un malheur pour vous et un bonheur pour celle qui vous

i38 LE BON PERE, épousera : car vous lui devrez tout ; eî il me semble qu’il faut bien estimer quelqu’un pour consentir à lui devoir tout.

Ces réflexions -là ne me sont pas permises.

Ecoutez-moi , monsieur; j’ai toujours eu une maniéré de me conduire qui m’a réussi. Mon grand principe , c’est qu’il faut céder à son cœur, toutes les fois qu’il est pim fort que notre raison. Examinez-vous bien : si vous croyez pouvoir oublier mademoiselle Nisida , il faut retourner à votre régiment, suivre le service, et reprendre par votre mérite la place que le sort vous a ôtée. S’il vous est impossible de vivre sans mademoiselle Nisida , ma foi, il faut rester ici plutôt que de mourir; il faut lui parler, lui décou*

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